L’effet paquet de chips : les chauves- souris s’espionnent entre elles pour trouver leur nourriture

BatsLes chauves-souris « écoutent » les signaux sonores émis par leurs voisines pour trouver leur nourriture, et c’est la raison pour laquelle elles chassent en groupe. Telle est la conclusion d’une nouvelle étude menée le Dr. Yossi Yovel, son doctorant Noam Cvikel et leurs collègues du laboratoire de perception sensorielle et de cognition du Département de zoologie de l'Université de Tel-Aviv. L’étude va être publiée dans la revue Current Biology.

Un sonar naturel

Animal nocturne, la chauve-souris utilise l'écholocation (principe similaire à celui du sonar) pour s’orienter dans l'obscurité et trouver sa nourriture. Lorsqu’elle s’approche d’un insecte, elle émet des ultrasons dont l’écho lui permet de localiser sa proie. Mais il s’avère que ces signaux sonores ont une autre fonction: ils servent d’appel général signalant aux autres chauves-souris que ‘le repas est prêt’.

yossi-yovel 1C’est ce que le Dr. Yossi Yovel appelle ‘l’effet paquet de chips’. « Lorsque vous vous trouvez dans une salle de cinéma dans l'obscurité et que vous ouvrez un paquet de chips, tout le monde dans la salle sait que quelqu’un mange des chips et plus ou moins où se trouve le paquet. C’est la même chose pour les chauves-souris ».

Pour les besoins de l’étude, le Dr. Yovel a créé un minuscule GPS (le plus petit du monde) muni d’un enregistreur ultrasonique, et en a équipé des chauves-souris du type Grand rhinopome, espèce insectivore à longue queue, courante dans la région de la vallée du Jourdain.

Le docteur Yovel et ses collègues estiment que les chauves-souris présentent une occasion unique d’étudier un phénomène de chasse collective, dans la mesure où elles sont naturellement munies d’un sonar actif.  « Les enregistrements des ultrasons émis par les chauves-souris offrent une occasion unique de pénétrer l’univers de la perception sensorielle de ces mammifères ailés, même lorsqu’ils volent à une hauteur de 500 m. quelque part au-dessus du Lac de Tibériade » explique le Dr. Yovel. « En observant les enregistrements, nous pouvons en déduire quand la chauve-souris attaque une proie et quand elle communique avec ses semblables. Il s’agit d’une mission quasi-impossible à réaliser avec d’autres animaux».

1100 interactions enregistrées

Cependant, la récupération de l’information enregistrée n’a pas été chose simple. Les capteurs attachés au corps des chauves-souris par une colle chirurgicale sont tombés au bout d’une semaine et les chercheurs ont du partir à leur recherche à pied, pour n’en retrouver finalement que 40%. Néanmoins, les appareils récupérés ont enregistré plus de 1100 interactions entre les petits mammifères. L’analyse des données  montre que les chauves-souris se regroupent pour augmenter leurs chances de trouver une proie.

bat1 1Lorsqu’une l’une d’entre elles détecte de la nourriture, elle émet un son typique, et celles qui se trouvent à portée d’ouïe accourent. Elles ont appris que ce signal signifie la présence d’une nourriture à proximité. L’information est précieuse, car le système d’écholocation des chauves-souris n’est pas capable d’identifier un insecte à plus de vingt mètres, alors qu’elle peut entendre une de ses semblables le faire sur une distance de cent mètres. «Ces chauves-souris ne font essentiellement qu’intercepter les sons les unes des autres » dit le Dr. Yovel.  

L’espèce sur lesquelles l’étude a été réalisée se nourrit essentiellement de fourmis volantes, fourmis-reines qui ont tendance à se rassembler pour rechercher des mâles, mais qui peuvent voler sur de longues distances, forçant les petits prédateurs à couvrir de grands espaces pour trouver leur nourriture. Ainsi, en « s’écoutant » mutuellement, les chauves-souris augmentent leurs chances de « gagner le gros lot ».

En groupe, mais restreint

« Les chauves-souris volant en groupe améliorent leurs chances de trouver de la nourriture en fonctionnant comme un ‘système de capteurs’ »  résume le Dr. Yovel « Bien sur, cette stratégie a des limites : si le groupe de chasse est trop important, elles doivent sans cesse être à l’écoute les unes des autres et ne peuvent se concentrer sur l’attaque de leur proie. Imaginez que vous essayez d’attraper une mouche qui vole à proximité et que tout à coup quelqu’un lance un ballon vers vous : la mouche va s’échapper ».