Une étude internationale menée sous la direction du Prof. Carmit Levy du Département de génétique humaine et de biochimie de l'Université de Tel-Aviv, révèle que les cellules cancéreuses du mélanome (cancer de la peau) paralysent les cellules immunitaires en sécrétant de minuscules vésicules extracellulaires qui les attaquent. Selon les chercheurs, cette découverte pourrait ouvrir la voie à des traitements contre la forme la plus mortelle du cancer de la peau.

L'étude a été réalisée en collaboration avec des équipes de recherche de l'Institut Weizmann des Sciences, du Technion, de l'Université hébraïque de Jérusalem, des centre médicaux Sourasky de Tel-Aviv, Wolfson de Holon, Sheba à Ramat-Gan, Rabin à Petah Tikva, Hadassah à Jérusalem, ainsi que de chercheurs de l'Université de Liège, du Massachusetts General Hospital, de l'Université Paris-Saclay et de l'Université de Zurich. Ses résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue Cell.
Comment le mélanome réduit les cellules immunitaires au silence
Le mélanome est la forme la plus mortelle de tumeur cutanée. Au premier stade de la maladie, les mélanocytes, cellules de pigmentation de la peau, se multiplient de façon incontrôlée dans sa couche externe, l'épiderme. Au second stade, les cellules cancéreuses envahissent le derme, la couche interne, et métastasent par les voies lymphatique et sanguine. Lors d'études précédentes, le Prof. Carmit Levy avait découvert que, pendant leur croissance dans l'épiderme, les cellules du mélanome sécrètent des vésicules extracellulaires appelées mélanosomes, qui pénètrent dans les vaisseaux sanguins et les cellules dermiques, créant ainsi un microenvironnement favorable à la propagation des cellules cancéreuses. La nouvelle étude révèle que ces vésicules permettent également aux cellules cancéreuses de paralyser les cellules immunitaires qui les attaquent.
« Lorsque nous avons commencé à étudier ces vésicules, nous avons remarqué la présence d'un ligand sur leur membrane, une molécule censée se lier à un récepteur présent uniquement sur les lymphocytes, cellules immunitaires capables de détruire les cellules cancéreuses lorsqu'elles viennent en contact direct avec elles », explique le Prof. Levy. « Nous avons alors émis l'hypothèse que ce ligand se fixe aux lymphocytes qui viennent éliminer le mélanome. C'était une idée à la fois novatrice et surprenante, et nous avons décidé de la vérifier en laboratoire. Les preuves de sa validité s'accumulant, j'ai pris contact avec des collègues en Israël et dans le monde entier pour les inviter à collaborer avec nous en apportant leur expertise. Des chercheurs de l'hôpital Sheba, du département de pathologie de l'hôpital Ichilov, de l'Institut Weizmann, ainsi que des universités de Harvard, de Zurich et de Paris se sont donc unis pour décrypter ce comportement du cancer. Le résultat est considérable : nous avons découvert que le cancer projette ces vésicules sur les cellules immunitaires qui l'attaquent, perturbant ainsi leur activité et pouvant même les détruire ».

Le Prof. Levy souligne que cette découverte remarquable est prometteuse, mais que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour la traduire en un traitement. « Il nous reste encore beaucoup de travail, mais il est déjà clair que cette découverte pourrait avoir des implications thérapeutiques considérables. Elle nous permettra de renforcer les cellules immunitaires pour qu'elles puissent résister à la contre-attaque du mélanome. Nous pouvons également bloquer les molécules qui permettent aux vésicules d'adhérer à ces cellules immunitaires, exposant ainsi les cellules cancéreuses et les rendant plus vulnérables. Dans tous les cas, cette étude ouvre la voie à une intervention immunothérapeutique efficace ».
Photos :
- L'équipe de recherche de l'Université de Tel-Aviv : de gauche à droite, au premier rang, Stav Melamed et le Prof. Carmit Levy; au deuxième rang : Yuval Sade et Paulee Manich.
- Cellules du mélanome (en vert) en co-culture avec les cellules immunitaires d'un patient (Sheba Medical Center).
