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Archéologie

Des dizaines d'inscriptions du Royaume d'Israël ont été écrites par deux personnes seulement, selon une étude innovante de l'Université de Tel-Aviv

Selon une étude du Département de mathématiques de l'Université de Tel-Aviv, menée sous la direction des Prof. Israel Finkelstein du Département d'archéologie et des cultures de l'Orient antique et Eli Piazetsky de l'Ecole de physique, des dizaines d'ostraca de Samarie, le plus ancien corpus d'inscriptions en hébreu ancien, retrouvé dans la capitale de l'ancien Royaume d'Israël, ont été écrites par deux personnes seulement, probablement des scribes ou des fonctionnaires du roi Jéroboam Ben Joas mentionné dans le Livre des Rois. L'étude, réalisée au moyen d'un algorithme développé par des archéologues, des mathématiciens et des physiciens de l'université, a une grande importance pour mieux comprendre les procédures administratives du Royaume d'Israël, dans la première moitié du 8ème siècle avant JC, et les étapes de son processus d' alphabétisation.

Samaria ostracaElle a été publiée le 22 janvier dans la revue PLOS ONE.

Y ont participé le Prof. Eli Turkel, les Dr. Arie Shaus et Barak Sober et la doctorante Shira Faigenbaum-Golovin, du Département de mathématiques appliquées.

Une administration vieille de 2800 ans

"Les inscriptions de Samarie ont été retrouvées au début du 20e siècle lors des fouilles archéologiques du site de Samarie, capitale de l'ancien royaume d'Israël", explique le Prof. Finkelstein. "Ce sont des fragments d'argile portant des écritures tracées à l'encre (ostracon, pluriel ostraca), qui étaient utilisés comme documents administratifs. Chacun porte une courte inscription en hébreu ancien: l'année du roi, la marchandise - vin ou huile, l'emplacement géographique d'où proviennent les marchandises, et parfois le nom de l'expéditeur. Elles ont apparemment été écrites au cours d'une période de 7 ans à l'époque de l'important roi Jéroboam II (Jéroboam fils de Joas), qui régna dans la première moitié du 8e siècle avant JC. Les marchandises ont été envoyées par la tribu Menashé au cœur du royaume, vers les environs de la capitale, et certains des noms figurant sur les inscriptions sont également mentionnés dans la Bible. Pendant longtemps, les chercheurs se sont demandé si ces inscriptions avaient été écrites par les représentants du roi dans ces régions à l'extérieur de la capitale, ou par les fonctionnaires du roi dans la capitale elle-même à l'arrivée des marchandises, une telle connaissance permettant de mieux comprendre les processus administratifs du royaume, et d'évaluer le partage de l'alphabétisation à cette époque. Nous avons voulu préciser la question en nous demandant quel est le nombre d'auteurs des inscriptions de Samarie?".

FinkelsteinIDPour répondre à cette question, les chercheurs ont utilisé un algorithme permettant d'analyser les manuscrits qu'ils avaient développé lors d'une étude précédente sur des ostraca trouvées à Arad, un poste militaire éloigné du royaume de Judée, environ 600 avant JC. "La méthode est basée sur la comparaison de manuscrits par toutes les combinaisons possibles, afin de déterminer s'ils ont été écrits par des personnes différentes", explique Shira Faigenbaum-Golovin. "A Arad, l'algorithme a montré que les 16 inscriptions trouvées ont été écrites par au moins quatre personnes. Lorsque nous avons appliqué l'algorithme à 31 des ostracons de Samarie, nous avons constaté qu'elles avaient au moins deux auteurs. Mais cette fois-ci, nous avons voulu obtenir le nombre le plus précis possible, ou en termes statistiques, le nombre le plus probable d'auteurs".

L'alphabétisation dans le Royaume d'Israël

Les chercheurs ont donc effectué une estimation statistique des erreurs possibles de l'algorithme, qui peuvent découler du fait que les inscriptions de Samarie sont courtes et contiennent peu de lettres. "Nous avons effectué des simulations pour estimer les erreurs possibles sur de courtes sections extraites des inscriptions d'Arad, que nous connaissions déjà", explique le Dr. Barak Sober. "Par exemple, nous avons appliqué l'algorithme sur des segments courts pris dans une même inscription provenant d'Arad, dont nous savions donc à l'avance qu'ils avaient été écrits par la même personne. Nous avons alors constaté que l'algorithme ne s'est presque pas trompé et en avons conclu qu'il était également exact pour l'analyse des inscriptions de Samarie. Et après cette vérification, le nombre d'auteurs des inscriptions de Samarie s'est avéré être effectivement de deux, avec une certitude de 95%".

eli piasetsky"Malgré de nombreuses tentatives, nous n'avons trouvé aucune caractéristique textuelle qui pourrait être attribuée à l'un des auteurs en particulier", ajoute le Dr. Arye Shaus. "Il semble que tous les deux aient opéré au cours des mêmes années, reçu des expéditions des mêmes endroits et manipulé les mêmes types de marchandises. En d'autres termes, on peut émettre l'hypothèse que les deux auteurs ou fonctionnaires travaillaient en parallèle, peut-être par roulement, et se suppléaient".

"Nous avons donc développé un nouvel outil important pour explorer des textes anciens", conclut le Prof. Piazetsky. "Les spécialistes de ce domaine, appelé paléographie, étudient aujourd'hui la forme des lettres, le matériel et l'encre, le contenu, etc. Désormais, grâce à notre méthode, ils peuvent également déterminer le nombre d'auteurs des documents. Dans le cas des inscriptions de Samarie, les résultats nous aident à mieux comprendre les procédures administratives du Royaume d'Israël. Une autre conclusion possible est que le fait que, contrairement à la situation un siècle plus tard dans le Royaume de Judée à la veille de sa destruction, la connaissance du processus d'écriture n'était pas encore très courante en Israël à cette époque, la première moitié du 8ème siècle avant JC, et était concentrée principalement autour du Palais du Roi. Il est possible que cette capacité ait également permis l'écriture de textes littéraires, du genre des écrits prophétiques d'Osée et d'Amos, qui ont vécu à l'époque du Royaume d'Israël".

 

Photos:

  1. Ostraca de Samarie (Crédit: The Semitic Museum, Harvard University).
  2. Le Prof. Israel Finkelstein.
  3. Le Prof. Elie Piazetsky.
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Les archéologues de l'Université de Tel-Aviv retrouvent une dalle sur laquelle l'Arche d'Alliance aurait pu être entreposée

Le Dr. Zvi Lederman et le Prof. Shlomo Bunimovitz du Département d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv ont retrouvé une dalle en pierre massive reposant horizontalement sur deux rochers plus petits, dans un temple datant du 12e siècle av. JC, époque à laquelle le peuple d'Israël était en guerre contre les Philistins, sur le site archéologique de Bet Shemesh, à 20 kilomètres à l'ouest de Jérusalem. Selon les chercheurs, cette dalle particulière pourrait rappeler la "grande pierre" biblique sur laquelle les Philistins ont déposé l'Arche d'Alliance qu'ils avaient dérobée aux Israélites.

BetShemeshTable"Ce serait un cas rare où l'on voit fusionner le récit biblique avec une découverte archéologique", a déclaré le Dr. Lederman qui dirige les fouilles de l'Université de Tel-Aviv sur le site biblique de Bet Shemesh.

Le bâtiment identifié comme un temple, dans lequel a été découvert la fameuse dalle était isolé des zones résidentielles et avait des murs plus solides, comme l'explique le Prof. Bunimovitz. C'était aussi un carré parfait, de 8,5 mètres de côté, dont les angles étaient orientés suivant les points cardinaux. A l'est est située une plate-forme (bamah) comme on en retrouve couramment pour les cérémonies religieuses. À l'intérieur du bâtiment on a retrouvé deux grosses pierres rondes concaves dans lesquelles des gouttières ont été creusées, qui pourraient avoir été utilisées pour des libations de vin ou bien comme pressoirs à olives miniatures pour produire de l'huile sacrée, selon le Dr. Lederman. Les chercheurs ont également découvert des cruches et des tasses en poterie décorées ainsi qu'un tas d'os d'animaux. " Il existe de nombreuses preuves du fait qu'il s'agissait bien d'un temple, et non d'un espace domestique standard", commente le Prof. Bunimovitz.

Profané par les Philistins

Pour le mettre à jour, les archéologues ont dû creuser à travers plusieurs couches d'un matériau noir épais, qu'ils pensaient initialement être des cendres qui se seraient formées lorsque le bâtiment a été incendié. Mais l'analyse a révélé qu'il s'agissait de crottes d'animaux. Selon le Dr. Lederman, le site a été transformé en enclos peu de temps après sa destruction, dans une intention de profanation, probablement par les Philistins, dont la ville la plus proche, Tel Batash, n'était qu'à sept kilomètres de Bet Shemesh.

Les 12e et 11e siècle avant notre ère correspondent à l'époque de l'Israël pré-monarchique, pendant laquelle des juges comme Samson et Deborah régnaient sur les douze tribus. Bet Shemesh est alors décrite comme une ville frontalière entre les Israélites et les Philistins, dans une région où les deux peuples se sont souvent affrontés. Et en effet, les archéologues ont identifié quatre couches d'agglomérations distinctes qui se sont succédées à cette époque, montrant que l'endroit a été conquis, abandonné ou détruit et reconstruit plusieurs fois en deux siècles. C'est au cours de l'une de ces périodes que le temple retrouvé a été détruit, indiquant donc que les profanateurs étaient probablement les Philistins conquérants.

BetShemeshtempleLa dalle trouvée semble expliquer l'importance attachée à l'époque à ce site. "Nous nous sommes vite rendu compte qu'il devait s'agir d'une table", explique le Dr. Lederman. De plus, celle-ci semble correspondre au profil de la "grande pierre" sur laquelle, selon le premier livre de Samuel, l'Arche d'Alliance reposait lorsqu'elle a été amenée à Beth Shemesh par les Philistins. Selon la Bible, après que les Israélites se soient installés sur la Terre Promise, l'Arche a été placée à Shiloh, au nord de Jérusalem, mais a ensuite été capturée par les Philistins lors d'un combat. Dieu a alors punis ces derniers pour leur arrogance, leur affligeant maladies et fléaux tant et si bien qu'ils placèrent l'Arche sur un chariot et la ramenèrent aux Israélites à Bet Shemesh avec des objets en or pour apaiser la colère divine.

Quand l'archéologie et la Bible se rencontrent

"Les gens de Beth Shemesh faisaient alors la coupe du blé dans la vallée; ils levèrent les yeux et virent l'arche, et se réjouirent à cette vue. Alors le chariot entra dans le champ de Josué de Beth Shemesh et s'y arrêta; là se trouvait une grosse pierre. On fendit en morceaux le bois du chariot et l'on offrit les vaches en holocauste à l'Eternel. Les Lévites descendirent l'arche de l'Eternel et le coffre qui l'accompagnait, contenant les objets d'or, et posèrent le tout sur la grosse pierre". (1 Samuel 6: 13-15).

La Bible raconte encore comment Dieu a abattu les habitants de Bet Shemesh qui avaient osé regarder à l'intérieur de l'arche, qui a ensuite été emmenée à Kiriath Yearim, où elle est restée pendant 20 ans avant d'être transportée à Jérusalem par le roi David.

S'il est presque impossible, expliquent les chercheurs, de prouver sur le plan archéologique que l'arche a bien reposé sur cette table en pierre particulière, la découverte suggère cependant que le récit biblique, probablement compilé à la fin du 7e siècle av. JC sous le roi Josias, reposait sur une tradition beaucoup plus ancienne rapportant l'existence de la "grande pierre" de Beth Shemesh qui fonctionnait comme un foyer important de culte au 12ème siècle avant notre ère - et donc corrobore la théorie selon laquelle le récit biblique transmet certaines traditions beaucoup plus anciennes dont certaines, comme celle-ci peuvent être reliées à des découvertes archéologiques.

Le nom de la ville, Beth Shemesh, signifie "maison du soleil" et suggère que ses premiers habitants adoraient la divinité solaire cananéenne. D'un autre côté, les os d'animaux trouvés dans le temple, de même que dans l'ensemble des villes de l'âge du fer de la région, n'incluent pas de porc, faisant écho à l'interdiction juive de manger du porc. La quasi-absence d'os de porc dans les sites du Levant a depuis longtemps été identifiée par les archéologues comme l'un des premiers traits culturels distinctifs des Cananéens et des premiers Israélites au début de l'âge du fer, permettant de les distinguer des Philistins. "Toute l'archéologie de Beth Shemesh et des hauts plateaux de Canaan montre un lent processus de construction d'identité de ce que nous appellerons finalement le peuple d'Israël, face à la culture païenne des Philistins".

 

Photos: Dr. Zvi Lederman

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Des dents humaines de 40 000 ans découvertes par des chercheurs de l'Université de Tel-Aviv dans une grotte en Galilée

Le Dr. Racheli Sarig, de l'École de médecine dentaire et du Centre Dan David pour l'Etude de l'histoire humaine de l'Université de Tel-Aviv, en collaboration avec le Dr. Omri Barzilai de l'Autorité des antiquités d'Israël, a découvert six dents humaines provenant d'un homo sapiens et d'un homme du Neandertal, dans une grotte de Galilée occidentale. L'étude révèle que les humains ont immigré d'Europe vers le Levant il y a 40 000 ans, et ouvre une ère nouvelle dans la connaissance du développement de la culture de la région.

Manot dentsElle a été récemment été publiée dans le Journal of Human Evolution.

Les dents ont été découvertes dans la grotte de Manot, qui fait depuis ces dix dernières années l'objet de fouilles menées par le Dr. Barzilai de l'Autorité des antiquités d'Israël, le Prof. Israël Hershkowitz du Centre Dan David de l'Université de Tel-Aviv et le Prof. Ofer Marder de l'Université Ben Gourion du Néguev, afin de suivre l'évolution de l'homme moderne en Israël.

L'homme du Néandertal s'est assimilé à l'homme moderne 

"La découverte est d'une grande importance pour identifier les habitants qui habitaient la grotte il y a des dizaines de milliers d'années", explique le Dr. Sarig. "Les dents se conservent mieux que les os car elles sont en émail, la matière la plus résistante du corps humain. Plus important encore, la structure, la forme et la topographie (saillies à la surface) de la dent possèdent une forte composante génétique qui permet d'identifier les dents avec des populations spécifiques. Dans la présente étude, nous nous sommes basés sur la forme externe et interne de ces dents pour en déterminer les caractéristiques et l'appartenance. Nous avons pour cela effectué des tests approfondis de micro-tomodensitométrie et d'analyses 3D sur quatre de ces dents".

Manot CarteLes résultats obtenus ont surpris les chercheurs: une des dents présentait une morphologie typique de l'homo sapiens, l'homme moderne; une possédait des traits caractéristiques de l'homme du Neandertal, et les deux autres montraient une combinaison rare de caractéristiques néanderthaliennes et modernes. Selon les chercheurs, une telle combinaison n'a été retrouvée jusqu'à présent que chez des populations européennes du début du Paléolithique supérieur, il y a environ 40 000 ans. La combinaison a récemment confirmée au moyen d'analyses génétiques, impliquant que l'homme du Neandertal s'est assimilé à l'homme moderne en Europe.

Une des révolutions culturelles les plus importantes de l'histoire de l'humanité

"Les dents de la grotte de Manot revêtent une importance cruciale, car jusqu'à présent nous n'avions pas trouvé de restes humains de cette période en Israël, ce qui représentait une lacune importante dans nos connaissances", note le Prof. Hershkowitz. "Cette étude novatrice raconte pour la première fois l'histoire d'une population responsable de l'une des révolutions culturelles les plus importantes de l'histoire de l'humanité".

"Les dents ont été trouvées dans des couches archéologiques associées à la culture dite aurignacienne, une culture riche et développée associée à la fin de la période du Neandertal et au début du paléolithique supérieur en Europe, signifiant une nouvelle ère dans le développement culturel de l'humanité moderne", explique le Dr. Rachel SarigBarzilay. "En fonction des études génétiques récentes qui ont montré qu'en Europe de l'Est les Néandertaliens se sont assimilés à la population aurignacienne locale, il semblerait que la présence de caractéristiques néandertaliennes dans les dents découvertes à Manot puisse être interprétée comme une preuve supplémentaire du fait que l'origine de la culture aurignacienne à l'est de la Méditerranée provienne d'Europe. Ces populations ont peut-être cherché à s'éloigner des conditions climatiques extrêmes qui régnaient dans leur pays d'origine à l'époque, point culminant de la dernière période glaciaire".

"Nos découvertes sont particulièrement importantes car elles mettent en lumière une période relativement inconnue de l'histoire de l'humanité en Israël", conclut le Dr. Sarig. "On pensait jusqu'à présent que les Néandertaliens auraient disparu du Levant il y a 50 000 ans avec l'arrivée des populations humaines modernes d'Afrique. La découverte de caractéristiques de l'homo sapiens et de Néandertalien dans des dents d'il y a 38 000 ans dans la grotte de Manot étaye l'hypothèse selon laquelle la population qui a émigré ici, probablement d'Europe, était mélangée et il est possible qu'elle ait apportée avec elle sa culture de l'époque. Ainsi, nos recherches apporte la connaissance d'un autre moment dans la séquence évolutive et culturelle de l'humanité, une pièce supplémentaire dans le vaste puzzle que constitue l'histoire humaine".

 

Photos :

1. La grotte de Manot avec indication de la zone où ont été retrouvées 3 des dents (crédit: Prof. Israel Hershkowitz). En superposé: molaire supérieure et inférieure datant de 38 000 ans trouvée dans la grotte de Manot. (Crédit: Dr. Racheli Sarig)

2. Carte de la grotte avec l'indication de l'emplacement des zones où les dents ont été trouvées. Photo: Dr. Racheli Sarig

3 . Dr. Racheli Sarig (Crédit: Porte-parole de l'Université de Tel-Aviv)

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Des archéologues de l'Université de Tel-Aviv découvrent une allée de pèlerinage construite par Ponce-Pilate à Jérusalem

Nahshon Szanton, doctorant au Département d'Archéologie et des Cultures de l'Ancien Proche-Orient de l'Université de Tel-Aviv, en collaboration avec les chercheurs Moran Hagbi, Joe Uziel et Donald Ariel de l'Autorité des Antiquités d'Israël, a mis au jour une section de 220 m de long d'une monumentale allée conduisant du Bassin de Siloé dans la Cité de David jusqu'au Mont du Temple, y compris un trésor de 100 pièces de monnaie suggérant que la rue aurait été édifiée au 1er siècle EC, alors que Ponce Pilate gouvernait la Judée. Selon les chercheurs, l'allée, probablement destinée aux pèlerins Juifs pour se rendre au Temple de Jérusalem, faisait partie du projet de construction de grande envergure du gouverneur à la gloire de l'Empire romain, et de son effort pour assurer la stabilité de son mandat.

Rue Ponce Pilate 1L'étude a été publiée récemment dans la revue de l'Institut d'Archéologie de l'Université de Tel-Aviv.

Depuis plus d'un siècle et demi, les chercheurs dévoilent peu à peu le réseau des rues qui parcouraient Jérusalem au début de la période romaine; en particulier une voie monumentale, pavée de dalles de pierres massives, qui se rendait vers le mont du Temple du côté sud depuis le Bassin de Siloé, traversant ce qu'on appelle aujourd'hui la Cité de David, la partie la plus ancienne de Jérusalem. Découverte pour la première fois par des archéologues britanniques en 1894, cette allée était connue jusqu'à présent sous le nom de "Rue hérodienne". Mais la découverte d'une section de 220 mètres de cette voie, mis au jour après six années de fouilles approfondies, permet d'attribuer sa construction à Pontius Pilatus (Ponce Pilate), gouverneur de Judée honni, par les Juifs comme par les Chrétiens, sur la base de la découverte de plus de 100 pièces de monnaies sous ses pavés, datées de l'année 17 à l'année 31 après JC, sous le règne de l'Empereur Tibère, époque où Ponce Pilate gouvernait la Judée.

Enfouie sous des couches de gravats

"La datation par les pièces de monnaie est particulièrement exacte, car elles portent souvent l'année où elles ont été frappées", explique Nahshon Szanton. "Les pièces les plus récentes trouvées sous les pavés de la rue portant la date de 30 ap. JC, cela signifie que celle-ci a du être construite au plus tôt la même année, ou après". Cette rue n'a donc rien à voir avec Hérode ni avec ses successeurs immédiats, conclut la nouvelle étude, mais a probablement été construite après que Rome ait pris le contrôle direct de la Judée, et plus précisément pendant le mandat de Ponce Pilate, traditionnellement daté des années 26 à 37 ap. JC.

"Nous savons qu'au 41e siècle, la dynastie hérodienne a recouvré un semblant de souveraineté sur la Judée sous le bref règne d'Agrippa I, petit-fils d'Hérode (41-44 de notre ère) ", note Nahshon Szanton. "L'un des premiers actes de ce nouveau roi fut de frapper une énorme somme d’argent, de sorte que plus de 1 000 pièces émises par Agrippa I ont été retrouvées à Jérusalem, contre moins de 300 des décennies précédentes du premier siècle. Or nous n’avons aucune pièce de cette période. D’un point de vue statistique, il est donc difficile d’imaginer que la route ait été construite après 41. L'absence de ces pièce parmi celles retrouvées sous les pavés de la rue signifie donc que celle-ci a bien été construite avant leur apparition, en d'autre terme, à la période de Pilate".

Rue Ponce Pilate 4Le pavage de la rue était enfoui sous des couches de gravats, datant probablement de la capture de la ville et sa de destruction par les légions Romains en 70 de notre ère, à la fin de la grande révolte. Les débris contenaient des armes telles que des pointes de flèches et des pierres de fronde, des troncs d’arbres brûlés et des pierres effondrées des bâtiments situés le long de la voie.

Apaiser les habitants de Jérusalem

Des pièces frappées pendant le règne d'Agrippa et postérieurement ont été retrouvées sur le site, mais seulement sur le dessus de la chaussée, et dans les couches de débris carbonisés. Cela signifie que la route a été utilisée pendant environ quatre décennies, à partir des années 30 jusqu'à 70 du premier siècle EC.

C'était alors une avenue animée de 600 mètres de long sur environ 8 mètres de large, pavée de larges dalles de pierre, comme c'était l'usage dans tout l'empire romain, bordée de boutiques, de tavernes et même d'un podium en gradins pour les discours publics. Les chercheurs estiment que sa construction a nécessité environ 10 000 tonnes de roche calcaire extraite de carrières, nécessitant des compétences considérables.

D'après les chercheurs, la richesse de la rue, conjuguée au fait qu'elle reliait dNahshon Szantoneux des lieux les plus importants de Jérusalem, la piscine de Siloé et le mont du Temple, tend à prouver qu'elle servait de voie pour les pèlerins qui montaient à Jérusalem. "S'il s'était agi d'une simple voie de communication, il n'aurait pas été nécessaire de la construire de manière aussi grandiose", expliquent les archéologues. "Sa largeur minimum était de 8 mètres. Si vous ajoutez à cela les pierres finement sculptées et le podium en gradins, tout indique qu'il s'agissait d'une rue au caractère spécial."

Selon Nahshon Szanton, les buts de Ponce Pilate en construisant cette voie avaient pu être : "d'apaiser les habitants de Jérusalem, de renforcer sa place dans le monde romain, et de promouvoir son propre statut par le biais de grands projets de construction. Nous ne pouvons le savoir avec certitude. Bien que tous ces mobiles soient corroborées par les documents historiques; il est probable qu'il s'agisse d'une combinaison des trois".

Rue Ponce Pilate 3

 

Photos:

1 - Marques de taillage et de lissage du substrat rocheux près des fondations du mur occidental (crédit: A. Peretz, IAA, publié dans le Journal de l'Institut d'Archéologie de l'Université de Tel-Aviv).

2 - Pièces de monnaie provenant des fouilles.

3 - Le doctorant Nahshon Szanton.

4 - Carte de localisation indiquant les sites de fouille (Illustration: D. Levi, IAA; imprimé avec l'autorisation de Survey of Israel).

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Les hommes conservaient déjà leur nourriture il y a 400 000 ans, d'après les archéologues de l'Université de Tel-Aviv

Selon une étude novatrice réalisée sous la direction des Prof. Ran Barkai et Avi Gopher du Département d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv, les hommes préhistoriques conservaient la moelle osseuse dans des os entiers recouverts de peau pour la consommer jusqu'à 9 semaines plus tard. L'étude, réalisée sur des os de daim provenant de la grotte de Qesem à côté de Rosh HaAyin, constitue la preuve la plus ancienne de la conservation de la nourriture par les premiers hommes.

Qesem conservation aliments 1Elle a été menée en collaboration avec le Dr. Ruth Blasco, de l'Institut de l'évolution humaine de Burgos, et le Prof. Jordi Rosell de l'Institut catalan de l'écologie humaine ancienne de Tarragone en Espagne, et publiée le 9.10.19 dans la revue Science Advances.

"La grotte de Qesem a été découverte près de Rosh Ha'ayin en 2000, dans le cadre du processus d'élargissement d'une autoroute. Les fouilles que nous menons sur le site depuis lors n'ont cessé de produire des découvertes fascinantes", explique le Prof. Barkai. "La grotte constitue une sorte de capsule temporelle préservée depuis environ 200 000 ans, correspondant à une période relativement inconnue de l'histoire de l'humanité, il y a entre 420 000 et 200 000 ans. Elle est aujourd'hui considérée comme l'un des sites préhistoriques les plus importants au monde".

Une "boite de conserve"

La présente étude a été réalisée à l'aide d'outils de recherche avancés sur des fragments d'os trouvés dans la grotte. "Ce sont principalement des os des membres antérieurs et postérieurs de daims qui ont été chassés dans la région", explique le Prof. Barkai. "D'après nous, les chasseurs dépeçaient le produit de leur chasse sur le terrain et ne transportaient vers la grotte que certains morceaux choisis, principalement des organes riches en viande et en graisse, des membres et des crânes. Presque tous les os des membres ont été broyés pour en sortir la moelle osseuse, qui possède une valeur nutritionnelle extrêmement élevée. Aux deux extrémités des os des membres inférieurs, nous avons remarqué des marques de coupe caractéristiques et particulièrement profondes, qui n'ont été retrouvées dans aucun autre site au monde. Nous avons donc cherché à en déterminer la signification".

Qesem conservation aliments 2Après de nombreux tests en laboratoire, les chercheurs ont conclu que ces marques particulières avaient été produites à l'aide d'un outil en silex par un processus conçu pour éliminer la peau séchée sur l'os. "Il est facile de dépecer l'animal immédiatement après la chasse, mais après un certain temps lorsque la peau est déjà séchée, l'action est déjà beaucoup plus difficile à réaliser et nécessite un effort particulier", explique le Prof. Barkai. "En nous basant sur les très nombreuses marques de coupe trouvées sur les os, nous avons émis l’hypothèse que les membres des daims chassés étaient stockés dans la grotte alors qu’ils étaient encore recouverts de peau, dans le but de conserver la moelle osseuse de la manière la plus efficace possible. Ce n'est qu'après un certain temps, lorsque la peau était déjà sèche, qu'elle était décollée de l’os qui était alors écrasé pour en consommer la moelle". Une série d’expériences menée sur des os de cerfs contemporains a montré que la moelle osseuse pouvait être conservée à l’état comestible dans un membre couvert de peau pendant une période allant jusqu’à 9 semaines; par ailleurs, les marques réalisées par les chercheurs pour éliminer la peau sèche au cours de l'expérience étaient identiques à celles découvertes dans la grotte de Qesem.

Survivre après la disparition des éléphants

"On peut dire que les occupants de la grotte de Qesem ont été les premiers hommes au monde à utiliser les os de daims comme boîte de conserve", conclut le Prof. Barkai. "Nous avons découvert la preuve la plus ancienne d'une technique de conservation des aliments planifiée à long terme. Cela signifie que, contrairement à l'hypothèse en vigueur jusqu'à aujourd'hui, les habitants de la grotte ne consommaient pas immédiatement toute la nourriture qu'ils chassaient, mais planifiaient leur Qesem conservation aliments 3consommation à l'avance et leur dépendance par rapport à la chasse quotidienne a peu à peu diminué. Nous pensons que cette capacité, de même que la plus ancienne utilisation du rôtissage de la viande, dont les traces ont également été découvertes dans la grotte, constitue une réponse à un changement important qui s’est produit à cette époque dans la région: la disparition des éléphants, qui constituaient jusque là la seule source de graisse et de viande pour les premiers hommes. Lorsque ceux-ci ont disparu, les hommes ont du chercher d'autres solutions et produire une nourriture suffisamment riche et de qualité à partir d'animaux beaucoup plus petits, en particulier les daims. Les découvertes de la grotte de Qesem indiquent un bouleversement technologique et culturel très important au cours de cette période, et la conservation des aliments est l'un des changements qui ont permis à la race humaine de continuer à prospérer dans notre région pendant de très longues années. On peut dire que les hommes conservent leur nourriture depuis lors, et que le début de ce comportement important remonte à la grotte de Qesem il y a près de 420 000 ans".

Photos:

1. Extrémités de pattes de cerf, conservées dans des conditions simulant celles de leur conservation par les premiers humains dans la grotte de Qesem à l’âge de pierre. Crédit: Ruth Blasco.

2. Marques de coupe sur des os de daim de la grotte de Qesem. Crédit : Ruth Blasco.

3. Dr. Ruth Blasco, au cours d'une analyse d'ossements d'animaux de la grotte de Qesem dans les laboratoires de l'Institut d'archéologie de l'Université de Tel-Aviv.

Photo: Jordi Rosell.

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