Webinaire sur l'islam politique radical à l'Université de Tel-Aviv

Une importante et riche conférence-zoom au cœur de l’actualité a été organisée le 22 novembre 2020 par l’Association française et l’Association francophone de l’Université de Tel-Aviv, au cours de laquelle le Prof. Stéphane Wahnich, membre du groupe de recherche ADARR (Argumentation, Analyse du Discours et Rhétorique) de l’UTA et Professeur associé de l’Université Paris-Est Créteil a présenté le statut particulier et effrayant des femmes et des Juifs dans le discours de l’islam politique radical. Le webinaire, qui a ouvert une fenêtre sur la tension actuelle incessante au sein du monde arabe musulman entre traditionalisme et modernité, était animée par Marc Haddad, trésorier de l’Association française.

Webinar Wahnich 2La conférence a été introduite par Agnès Goldman, déléguée générale de l’Association francophone de l’Université de Tel-Aviv en Israël, qui a rappelé qu’au cœur même de la pandémie, l’UTA continue d’assurer cours et conférences à distance pour ses étudiants tout en poursuivant sans relâche ses recherches dans tous les domaines de la science.

Revenir à un islam originel

« Nous avons besoin de votre soutien pour aider nos quelque 2 500 étudiants dans le besoin à la suite de la crise du corona », a souligné de son côté Marc Haddad, qui a rappelé que le financement d’un étudiant coûte entre 2 500 et 3 000 dollars. « Nous avons besoin de vos dons pour financer leurs bourses, ils sont l’avenir d’Israël ».

Marc Haddad a ensuite présenté le conférencier, le Prof. Stéphane Wahnich, spécialiste de communication politique et de l’analyse des discours politiques des extrêmes, notamment celui des leaders du Front National.

Avant d’aborder le thème des femmes et des Juifs, le Prof. Wahnich a commencé par une analyse des thèmes généraux de l’islam fondamentaliste.

Le discours de l’islam radical, a-t-il souligné, est un phénomène récent, remontant à environ dix à vingt ans, apparu dans le cadre d’un renouveau du radicalisme politique mondial. Loin d’être le fait, comme on le dit parfois, d’individus déséquilibrés, il possède sa logique politique propre, traduisant la volonté de revenir à un islam originel, qui serait le seul moyen pour les Musulmans de retrouver leur identité, leur pouvoir et leur fierté, face à la modernité et à la science qui entament les croyances religieuses. L’idée centrale est que, face au désordre du monde, l’islam est la religion qui devrait dominer, et la Sharia devenir la loi universelle.

Webinar Wahnich 3Selon les diatribes de cette mouvance politique, le véritable avenir des jeunes issus de l’immigration se trouve non pas dans le pays dans lequel ils vivent, ni même dans leur pays d’origine, mais dans la religion, car ils sont avant tout musulmans. « Une majorité des jeunes de moins de 25 ans musulmans de France croient plus dans la charia que dans les lois républicaines. Ce discours a donc un véritable écho », souligne le conférencier.

Selon lui, la phraséologie de ce discours de l’islam radical provient du Coran. « Contrairement à la Bible, le Coran n’est pas un texte chronologique », explique-t-il. « Les sourates, ou chapitres, sont classées de la plus grande à la plus petite. De plus, à l’intérieur de chaque sourate, on passe du coq à l’âne, d’un thème à un autre. Ce ‘désordre de Dieu’ créé un espace de liberté pour les hommes : analysant le texte, les érudits musulmans réorganisent la parole de dieu pour lui donner un sens ». L’islam radical exprime donc un choix politique qui privilégie certaines sourates reprises au pied de la lettre pour revenir à un ‘islam littéral’.

Une compréhension qui permet de justifier des actes terroristes

Pour ses recherches, le Prof. Wahnich utilise le corpus de l’association MEMRI, qui traduit en anglais et en français tous les discours publics publiés dans le monde arabe. Les principaux points qui ressortent de l’analyse de ce corpus sont :

Ces points communs avec les idéologies d’extrême-droite et d’extrême-gauche expliquent le fait que la condamnation de l’islam radical par ces courants est parfois modeste, souligne le Prof. Wahnich.

La critique de la modernité et liée à celle de la démocratie. « Aujourd’hui la véritable légitimité des gouvernements réside dans le peuple, qui remplace donc la légitimité de Dieu dans la définition de la loi, ce qui vient en contradiction totale avec l’islam radical, pour lequel, on n’a pas besoin des lois des hommes, car il suffit d’appliquer celle de dieu, la charia ». L’idée démocratique selon laquelle on doit élire des députés pour faire des lois est donc totalement en porte-à-faux avec l’idéologie de l’islam radical. Il en va de même pour la liberté d’expression, car selon cette idéologie, on n’a pas le droit de réfuter le discours de Dieu ni de critiquer le Prophète. Ainsi les critiques de la religion musulmane par Charlie Hebdo, par exemple, sont-elles complètement intolérables, totalement étrangères aux valeurs de l’islam.

Webinar Wahnich 1Autre élément très important de ce discours : la Loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent, reprise de la Bible par la loi musulmane et impliquant la proportionnalité de la peine. « Cependant, il faut être victime pour pouvoir demander réparation. La position de victime est donc fondamentale pour pouvoir justifier religieusement les actes terroristes. Le 11 septembre, par exemple se justifie par la bataille contre les musulmans qui a lieu depuis le 17e siècle. Ce discours de victimisation rencontre en France la culpabilité catholique notamment via le colonialisme. Il se créé alors une sorte de résonnance qui justifie d’autant plus les actes de terrorisme auprès des musulmans religieux. Une partie des politiques français sont très compréhensifs par rapport à ce qui se passe aujourd’hui en France, et cette compréhension permet de justifier religieusement des actes terroristes ».

La femme: «l'ennemi de l'intérieur»

Le Prof. Wahnich passe par l’analyse des pronoms pour présenter le statut à part des Juifs et des femmes dans l’islam politique radical. Lorsqu’il s’agit des Chrétiens, les ‘Croisés’, le discours fait appel à l’opposition entre le ‘nous et le ‘vous’, c’est-à-dire à un échange entre deux groupes reconnus. Mais lorsqu’il s’agit des femmes ou des Juifs, le ‘nous’ s’oppose au ‘ils’ ou ‘elles’, indiquant qu’ils s’agit d’entités qui ne sont pas dignes d’une communication humaine égalitaire.

Pour l’islam radical, en effet, explique le Prof. Wahnich, la femme est « l’ennemi de l’intérieur ». « Il existe une dualité dangereuse entre la mère et la femme. La mère, l’épouse, qui reproduit le peuple musulman, est l’avenir de l’islam. La femme qui enfante possède donc un statut fort et protégé par le Coran. Par compte, la femme tentatrice n’a aucun droit. La femme doit contrôler sa nature. Si elle perd le sens du devoir, les hommes doivent intervenir pour contrôler ses pulsions et la maintenir dans le droit chemin. Si elle succombe elle doit être punie ». L’homme par compte, peut légitimement être tenté par la femme ; pour éviter cette tentation, la femme doit donc renoncer à sa liberté vestimentaire. C’est pourquoi l’habillement occidental est inacceptable dans ce cadre.

De même, la liberté politique est réservée aux hommes qui ne peuvent pas enfanter et n’ont donc pas de fonction naturelle. Le fait d’agir pour la cité est interdit aux femmes. La liberté de travailler devient également problématique pour les femmes, qui doivent rester à la maison pour éviter les tentations. L’égalité hommes/femmes est donc inexistante dans ce discours. « D’après le Coran (Sour. 2, verset 282) il faut deux témoignages de femmes pour un témoignage d’homme. De même pour l’héritage (Sour. 4, verset 2 : un fils recevra deux fois ce que reçoit une fille. Le Coran institue donc l’inégalité juridique des femmes ».

La réponse aux problèmes posés par la femme tentatrice, c’est l’enfermement de la femme à la maison (Sourate 4, verset 33) et l’obéissance au mari qui la contrôle (ou à son frère ou son père si elle n’est pas mariée). La femme ne peut être autonome, elle ne peut avoir de secret pour son mari (Sour. 4, verset 34). Le port obligatoire du hijab (voile) découle de cette logique d’enfermement et de maitrise de l’homme sur la femme : le hijab est une sorte de ‘maison portative’, un représentant du pouvoir masculin dans l’espace public. Aussi, l’éducation au port du hijab se fait très tôt. « Contrairement à ce que l’on dit, l’obligation de porter le voile vient également du Coran (Sour. 33 verset 59 et Sour. 24 verset 31). Pour l’islam politique radical, le port du voile est donc sacré et obligatoire ».

Les Juifs, principale obsession de l'islmam politique radical 

Summum de la violence contre les femmes : le corps à disposition, concept qui relève davantage du fantasme que de la religion. « La femme doit obéir sexuellement à l’homme, où il veut et quand il veut (Sour. 2, verset 223 : ‘Vos épouses sont pour vous un champ de labour, allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez’. Même les interdits du Coran (comme l’abstinence en cas de règles) sont transgressés par les islamistes au bénéfice du droit à la satisfaction des pulsions sexuelles masculines », affirme le Prof. Wahnich. L’islam autorisant la polygamie, les islamistes veulent remettre celle-ci à l’ordre du jour et la généraliser, car elle permet de mettre en concurrence les différentes femmes. Les femmes terrestres sont également en concurrence avec les houris du paradis, ces vierges célestes qui, d’après Ahmed Khadoura, érudit islamique de Gaza, n’auront « ni menstruation, ni salive, ni mucus ni excréments », et grâce auxquelles « Chaque homme recevra la force sexuelle de 100 hommes ». 

Enfin le pouvoir masculin s’impose par la violence physique : certaines vidéos de sociologues, d’imam etc. expliquent comment battre sa femme ‘légalement’, sans laisser de trace, mais en lui faisant sentir la domination de l’homme et la discipliner pour qu’elle obéisse aux lois du Coran. C’est donc un ‘droit divin’, soumis à des règles particulières.

Quant aux Juifs, ils constituent la « principale obsession de l’islam politique radical », explique le conférencier. « L’idée est d’arriver à leur élimination physique. Pour cela il est nécessaire de créer d’eux une image négative : Les Juifs sont donc présentés comme déshumanisés, et incarnant tous les maux : ils violent, mentent, volent, et dénaturent les sociétés dans lesquels ils vivent ». Mais la plus grande justification reste l’affirmation selon laquelle la religion juive respectée par le Coran a changé au Moyen-Age, avec le Talmud. Les Juifs ne sont donc même plus de vrais monothéistes. « Faire passer les Juifs pour des polythéistes permet juridiquement de les tuer. Si le judaïsme moderne n’est plus un vrai monothéisme, cela justifie tous les meurtres possible ».

«Les macaques noirs sont les Juifs séfarades et les macaques argent les Juifs ashkénazes» 

Selon le Prof. Wahnich, il existe bien un antisémitisme dans le Coran (Sour. 9 v. 67 ; 5, 59 ; 61, 5). Les Juifs y sont traités d’hypocrites parce qu’ils ne croient pas dans Allah (au même titre que les Chrétiens), et sont donc des pervers qui dévient du droit chemin. Cependant, le Coran ne contient pas d’idéologie éliminationiste par rapport aux Juifs. Il reconnait Abraham, Moise et de la loi juive. L’islam radical a donc besoin d’un recours aux mythes antisémites européens ancestraux, entre autres celui du meurtre rituel pour faire cuire les matsot. Le Coran, par contre, fait état de la transformation des Juifs en singe en se basant sur une transgression du shabbat inventée (Sour. 2 vers. 65). « Parce que, d’après le Coran, nous avons transgressé le shabbat, nous allons être transformés en singes abjects. Les singes et les porcs sont descendants des Juifs. Il s’agit d’un discours récurrent parmi les journalistes et les sachants musulmans radicaux, chez qui on retrouve même l’idée que les macaques noirs sont les Juifs séfarades et les macaques argent les Juifs ashkenazes. On est dans une espèce de délire. Cette déshumanisation autorise à tuer les Juifs et les éradiquer de la surface de la terre ».

Autre élément récurrent dans le discours de l’islam politique radical, l’utilisation de la Shoa et de ses négationnistes : « La négation de la Shoa permet non seulement de délégitimer Israël, mais surtout pour pouvoir la refaire sans retenue ».

« L’islam radical est donc d’abord une idéologie qui se veut une alternative à la mondialisation occidentale, avec un retour à un khalifat fantasmé », conclut le conférencier. « La crispation identitaire et religieuse apparait avec la modernité, comme ce fut le cas pour l’inquisition chrétienne au Moyen-âge. Une tension extraordinaire se crée ces dernières années à l’intérieur des sociétés musulmanes, entre traditionnalistes et modernistes. Elle a déjà causé des millions de morts, lors de la guerre civile en Syrie, ou encore en Iraq, en Iran ou en Egypte ».

Cette brillante conférence a été suivi d’une séance de questions-réponses, au cours de laquelle les auditeurs ont émis l’idée que ces analyses ne conviennent peut-être pas seulement à de l’islam radical, mais aussi à l’islam en lui-même. D’autres se sont interrogés sur les pays où il existe un islam plus modéré et même sur la place de la femme dans le judaïsme orthodoxe.

Voir la vidéo:

https://www.youtube.com/watch?v=epcQtMDnhbo

 

Photos: Captures d'écran pendant le webinaire.

 

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