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Première conférence Israël à l'écran à l'Université de Tel-Aviv

La première d'une série de trois conférences sur le cinéma israélien, organisée par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, s'est tenue le jeudi 7 novembre sur le thème :"Comprendre la société israélienne à travers ses documentaires". Au cours d'un exposé passionnant illustré par de nombreuses séquences filmées, le Dr. Yael Munk, professeur à l'Ecole de cinéma de l'UTA et à l'Université ouverte d'Israël a présenté les enjeux du cinéma documentaire israélien, à la recherche de la mémoire d'une société complexe dont il bouscule les tabous. Le cycle de conférences est au profit du Département d'animation de l'Ecole de cinéma de l'Université.

AgnesMunkStellaLa conférence a été précédée d'une courte présentation de l'Association francophone de l'UTA par Agnès Goldman, sa directrice, et de la projection d'un film sur le Département de cinéma de l'Université de Tel-Aviv, le plus ancien du pays (il a été créé en 1972), devenu Ecole Steve Tisch de film et télévision en 2015. Le Département a formé des générations de cinéastes dont certains sont devenus des grands noms de l'industrie cinématographique mondiale, comme les metteurs en scène Ari Folman (Valse avec Bashir), Yaron Shani (Ajami), Dror Moreh (The Gatekeepers), ou les scénaristes-producteurs de télévision Gideon Raff (Homeland) et Hagai Levi (In Treatment/En analyse). L'Ecole produit plus de 124 courts-métrages par an et participe à de multiples festivals dans le monde; ses étudiants ont remporté de nombreux prix internationaux. Son nouveau programme de média numériques, créé il y a quatre ans, la met en prise sur les développements les plus à la pointe de l'univers du cinéma. Enfin le Festival international du Film d'étudiants, qui compte parmi les plus importants du genre dans le monde, est organisé tous les ans à Tel-Aviv par les étudiants de l'Ecole.

"Le cinéma israélien vaut la peine d'être connu"

"Peu de cinémas ont autant d'emprise sur la société dans laquelle ils évoluent", déclare le Dr. Munk. "Le cinéma israélien vaut la peine d'être connu. Même ses comédies les plus légères expriment un inconscient collectif révélateur d'une société". Comme elle l'explique, le cinéma documentaire israélien n'a pas toujours connu la gloire. "Pendant les deux premières décennies de l'Etat, il était financé essentiellement par des Juifs américains et c'était surtout un cinéma de propagande". Le changement s'est fait progressivement, en particulier avec le cinéaste David Perlov, qui réalisa son premier documentaire, "A Jérusalem", en 1963 : "un documentaire d'ambiance qui donne la priorité aux images", commente le Dr. Munk. "Perlov a réalisé des chefs d'œuvre à partir de choses triviales, les choses des gens dont personne ne raconte l'histoire".

David perlovLa conférencière en profite pour préciser que 'documentaire' n'est pas synonyme de 'vérité' :"Le cinéma traduit toujours un biais qui colore la vérité. Détours, coupures, montages, la réalité est manipulée pour obtenir un certain effet". Dans les années 70, les guerres qui se suivent donnent prétexte à de nombreux documentaires. Mais le grand changement se fait avec le "Journal" de David Perlov, documentaire tourné entre 1972 et 1986, dans lequel le cinéaste filme toute sa vie, montrant une autre manière de voir Israël. "Perlov habitait sur l'actuelle place Rabbin, alors place des Rois d'Israël. Toute l'histoire d'Israël pendant cette période a défilé sous ses fenêtres. C'est la naissance du 'cinéma du Moi', qui met le moi du réalisateur au centre du documentaire".

Une nouvelle étape est franchie en 1989, avec le chef d'œuvre documentaire d'Orna Ben-Dor: "A cause de cette guerre là", sur le chanteur Yehuda Poliker, qui relate la tragédie de ses parents rescapés de la Shoah. "C'était un thème dont on ne parlait pas à l'époque en Israël. A partir de ce moment-là, un grand nombre de documentaires vont tourner autour de l'Holocauste. On commence à parler de "l'exil", en se tournant vers le passé, pour essayer de le comprendre et de l'incorporer au présent".

"Le documentaire vient corriger l'Histoire"

Dans cette lignée, on peut citer le film de Tsipi Reibenbach en 1993, "Choice and Destiny", sur le quotidien de ses parents survivants de l'holocauste: "Un quotidien basé sur la survie, la préparation et l'obsession de la nourriture. On voit apparaitre l'expérience de son père, zonder commando dans les camps de la mort. Un passé qui continue de vivre dans un quotidien neutre et vide, ce que coûte d'exister dans le présent avec les cauchemars du passé. Un des documentaires les plus primés du cinéma israélien".

La conférencière présente encore deux extraits de film. D'abord "L'appartement", réalisé en 2011 par Arnon Goldfinger, ancien étudiant de l'Université de Tel-Aviv, lauréat de l'Ophir israélien du meilleur documentaire, dans lequel il tente de dénouer une énigme liée au passé, par des indices retrouvés dans l'appartement de sa grand-mère, lorsque la famille s'assemble pour le vider peu après sa mort. " Le film part d'une histoire privée pour évoluer vers une enquête historique et familiale. Une histoire personnelle mais aussi l'histoire d'un peuple. C'est la grande découverte de l'histoire d'Israël qui n'a pas été racontée. Le documentaire vient corriger l'Histoire, rajouter une strate de ce qui n'a pas été dit. A voir absolument".

Michal AviadDernier extrait présenté, celui de "Dimona Twist" de Michal Aviad, enseignante à l'Ecole de cinéma de l'UTA, prix Van Leer du meilleur documentaire en 2016. "Aviad reconstruit l'histoire des femmes. Ici, ce sont sept femmes arrivées en bateau dans les années 60, essentiellement d'Afrique du nord. Les documentaires sur les Juifs orientaux sont le fait aussi bien de réalisateurs ashkénazes que séfarades. C'est tout un côté de l'histoire qui a été camouflé, l'histoire de ces communautés qui n'ont pas eu droit à la parole". Le film montre comment ces femmes sont parvenues à surmonter le traumatisme d'avoir été parachutées dans le désert sans autre préparation. "La juxtaposition de matériel d'archive venu dans ce cas-là en particulier de France, et d'interviews ou de témoignages, créé quelque chose de très fort". Sur le même principe, Michal Aviad tourne en 2013 le film 'Pionnières', sur les femmes au kibboutz, qui juxtapose les documents du kibboutz et les journaux intimes :"Le rêve et la désillusion", commente-t-elle.

"Le thème primordial du documentaire israélien est la mémoire", conclue le Dr. Munk. "Les films documentaires présentent les différents groupes de la société et aborde ses tabous: la vie en Diaspora, la souffrance de ceux qui sont arrivés trop tôt… sujets jusque là peu évoqués pour ne pas entacher l'image d'une société encore en construction".

Les deux prochaines conférences de ce passionnant cycle qui constitue une excellente introduction au cinéma israélien et donne envie de faire plus ample avec, auront lieu le 25.11 ("Comment les séries israéliennes ont conquis le monde") et le 28.11 ("L'évolution du cinéma israélien"). Par ailleurs, le 15 décembre aura lieu la troisième et dernière visite organisée par l'Association à la Maison de David Ben Gourion à Tel-Aviv, avec la projection du documentaire de Yael Perlov, fille de David Perlov et enseignante à l'Ecole de cinéma de l'université : "Ben Gourion – Epilogue", qui a reçu l'Ophir du meilleur documentaire l'an dernier.

 

Photos:

1. De gauche à droite: Agnès Goldman, le Dr. Yael Munk, le Prof.nRuth Amossy (Crédit Liora Houbani)

2. David Perlov (Crédit : Wikipédia)

3. Michal Aviad (Crédit : Wikipédia).

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