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Soirée chez Ben Gourion pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

Une émouvante "Soirée chez David Ben Gourion", organisée par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv et sa Déléguée Générale Agnès Goldman, s'est déroulée le mardi 5 mars dans l'ancienne demeure du premier Chef de gouvernement de l'Etat d'Israël, fondateur de Tsahal, sur l'avenue qui porte son nom à Tel-Aviv. Les participants ont pu y visiter la maison transformée en musée et assister à la projection du captivant film documentaire de Yael Perlov "Ben Gourion – Epilogue", qui a remporté l'Ophir de l'Académie israélienne du cinéma en 2011, en présence de la cinéaste.

SoireeBGGroupeLa soirée a débuté par la visite de la maison de l'ancien Premier Ministre, contruite au début des années 30 dans le quartier qui était alors le plus au nord de la ville de Tel-Aviv. David Ben Gourion et sa femme Paula y ont vécu jusqu'à leur départ pour le kibboutz Sde Boquer, d'abord en 1953 pendant un an, puis en 1970, lorsque l'homme d'Etat se retira définitivement de la vie politique. C'est également là qu'il a vécu peu avant sa mort en 1973. Tous les meubles et contenu de la maison ont été conservés en l'état et à leur emplacement d'origine. Au premier étage se trouve la bibliothèque personnelle du Premier Ministre, composée de 4 salles en enfilade et renfermant quelque 20 000 ouvrages dans diverses langues et sur différents sujets: histoire du peuple d'Israël, philosophie grecque et romaine, questions militaires et guerres mondiales, religions d'Extrême-Orient et encyclopédies.

"Un véritable trésor"

Après avoir remercié les partenaires de l'Association, la Banque Discount et la Fondation ADELIS, Agnès Goldman présente la cinéaste Yael Perlov, qui a réalisé le documentaire avec son collègue Yariv Mozer. Fille du cinéaste israélien David Perlov, Yael Perlov a fait ses études au Département de cinéma de l'Université de Tel-Aviv, devenu Ecole Steve Tisch de Film et Télévision, où elle enseigne actuellement. Lauréate de plusieurs prix, elle a réalisé de nombreux films, et conçu plusieurs projets dans le cadre du Département, notamment "Café", qui a décroché trois prix au Festival de Montpelier en 2010, "Eau" qui a gagné le Prix Amnesty International en 2013, et Sport, qui a ouvert le Festival de Venise en 2016. Ses projets ont été récemment mis à l'honneur en France et lui ont valu la médaille de la ville de Poitiers

soireeBGyaelAgnesBen-Gourion- Epilogue est un documentaire de 55 minutes élaboré à partir d'une interview intime exceptionnelle de 6 heures de l'un des plus grands leaders de l'histoire moderne, découverte par hasard dans les profondeurs des archives. Il a été réalisé en coproduction entre la chaine Arte, Radio Canada et la chaine 8 de la télévision israélienne. "Le film a commencé par hasard, alors que je restaurais une cassette VHS de mon père", raconte Yael Perlov. Elle s'est alors rendue avec Yariv Mozer dans les archives de films juifs Steven Spielberg à Jérusalem, et est tombée pendant ses recherches sur une interview donnée par David Ben-Gourion à une équipe israélo-britannique qui voulait faire un film sur sa vie, en 1968, 5 ans avant sa mort. Il était alors âgé de 82 ans, et vivait reclus dans sa maisonnette de Sde Boqer dans le désert du Néguev, loin de la vie politique.

" Il y a très peu de matériel d'archives sur Ben-Gourion en Israël, car la télévision israélienne n'a débuté qu'en 1968", explique Yael Perlov. "Six heures d'enregistrement avec lui, même sur une pellicule jaunie en 35 mm, constituaient donc un véritable trésor". Malheureusement le film était muet, car la bande-son avait été égarée. "Nous avons cependant décidé de ne pas renoncer, et avons fini par découvrir la bande son au fond d'un tiroir dans les archives du kibboutz Sde Boquer".

"J'estime être né en m'installant dans ce pays. Je voulais créer une nouvelle vie"

Des six heures d'enregistrement, les cinéastes ont tirés un passionnant documentaire de 55 minutes. Le premier Premier ministre d'Israël et fondateur de Tsahal, y parle avec une franchise surprenante à la fois de sujets personnels, comme sa nostalgie pour sa femme Paula, décédée 4 mois auparavant ("Depuis que Paula est décédée, j'ai perdu une part de moi-même"), ses relations avec son père, ou son attirance pour le bouddhisme et la méditation, mais aussi de son rôle dans l'histoire du peuple juif, et de ses angoisses quant à l'avenir de l'Etat qu'il a créé.

On le voit faire des marches dans le désert, discourir avec Feldenkrais, auteur de la méthode de physiothérapie du même nom, qui l'a guéri de ses lumbagos et lui a appris à faire le poirier. "J'estime être né en m'installant dans ce pays. Je voulais créer une nouvelle vie", peut-on l'entendre dire. Mais ce rêve, pour lui, ce n'est qu'en 1953, dans les dunes du désert du Néguev où il a été parmi les pionniers fondateurs du kibboutz de Sde Boquer, qu'il a réellement pris forme.

L'interview constituait pour Ben Gourrion une sorte de testament politique. Il y a abordé les moments difficiles de sa carrière, qui recouvrent ceux de l'histoire de l'Etat d'Israël, comme l'épisode du paiement des réparations allemandes. "Un homme politique qui ne pense qu'à sa popularité et non aux choses qui doivent être faites, qu'elles soient plaisantes ou non, est un homme dangereux", affirme-t-il. Ou encore : "Il vaut mieux se tromper en démocratie que de faire un virage à droite".

Une mission spirituelle universaliste

BenGourion1Mais c'est aussi un testament philosophique et humaniste: "Je suis Juif avant tout, mais un Juif qui veut vivre dans un monde où il y a la paix entre les Nations. Tu aimeras ton prochain comme toi-même nous dit le Lévithique. De même l'étranger qui habite parmi vous, vous sera comme celui qui est né parmi vous, et vous l'aimerez comme vous-mêmes; car vous avez été étrangers au pays d'Egypte". Selon lui, Moïse, "le plus grand Juif de notre histoire", a exigé du peuple juif d'être 'Am Segoula', un peuple vertueux possédant une mission spirituelle universaliste qui le distingue des autres peuples et dont la vocation est d’apporter la vie, le bonheur et la réussite à tout le genre humain. "Nous en sommes encore loin", regrette-t-il.

Au cours du débat qui suivi la projection, Yael Perlov a précisé que son but avait été de réaliser un documentaire vivant, optimiste et apolitique, qui réalise l'unanimité à droite comme à gauche. "Depuis trois ans, le film est visionné partout, à Moscou, en Europe et aux Etats-Unis. En France il a été projeté sur Arte. En Israël, l'armée a acheté 300 projections à des fins éducatives". Le film doit sortir d'ici un an en DVD, dans une version plus complète qui comprendra des éléments ne figurant pas dans le film.

Les recettes de la soirée sont au bénéfice de Noa Dolberg, étudiante de troisième année du programme de media digitaux de l'Ecole, qui souhaite réaliser un documentaire sur les orgines de sa famille.

 

Sur la photo du haut, de gauche à droite: la cinéaste Yael Perlov, Rosy Azar de la Banque Discount, Rebecca Boukris de la Fondation ADELIS, Agnès Goldman, et Sidney Boukris.

 

Nos évènements sont organisés par l'Association des Amis francophones

de l'Université de Tel-Aviv en Israël

Déléguée générale: Agnès Hana Goldman

tCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pour participer à une bourse:

⬧ Par carte bancaire, téléphoner à l’Association au 03.640.67.80
(9h-13h).
⬧ Par chèque au nom de : French Friends of Tel Aviv University .
POBOX 39655 TLV 6139601.

 

Le film Edmond projeté en avant-première pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

Une avant-première exceptionnelle du film Edmond, organisée en exclusivité pour les Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv, s'est déroulée le dimanche 10 février à la Cinémathèque de Tel-Aviv, en présence du Prof. Raanan Rein, Vice-président de l'Université, de l'Ambassadeur de Belgique en Israël, Olivier Belle et de l'Attaché de Coopération Scientifique et Universitaire auprès de l'Ambassade de France, Sébastien Linden.

EdmondRaananEtaient également présents dans la salle d'éminents chercheurs de l'Université amis de l'Association, comme le Prof. Israël Finkelstein, du Département d'archéologie, qui vient d'être élu "Académicien en titre d'Associé étranger" à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l'Institut de France; le Dr. Sefy Hendler, Directeur du Département d'Histoire de l'Art, récemment nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le ministère français de la culture et le Dr. Yael Perlov, dont le film Ben Gourion, Epilogue, soutenu par Arte, sera présenté lors du prochain évènement de l'Association le 5 mars.

Edmond, premier film d'Alexis Michalik, sorti en 2019, raconte de manière romancée le récit fantastique de la folle création de Cyrano de Bergerac, chef-d'œuvre d'Edmond Rostand. Le film est une adaptation de la pièce de théâtre du même nom, également écrite et réalisée par le très talentueux Alexis Michalik, récompensée par cinq Molières en 2017, qui triomphe à Paris depuis trois ans. Produit par Ilan Goldman, au travers de sa société de production Légende, et interprété par Thomas Solivérès, Olivier Gourmet et Mathilde Seignier, c'est un film élégant et joyeux qui nous transporte dans le Paris rêvé de la Belle Epoque.

Quatre bourses d'étudiants

La soirée a été présentée par Agnès Hanna Goldman, Directrice de l'Association, qui a remercié ses partenaire dont la Israel Discount Bank et les Vins du Domaine Seror, et a annoncé que les recettes de la soirée permettront de financer quatre bourses d'étudiants réservistes : " Nos étudiants sont courageux : ils entreprennent leurs études après trois ans de service militaire et doivent de plus faire face à leurs obligations de réservistes. Même avec un travail pour ceux issus de milieux défavorisés et souvent très doués, c’est insuffisant. Donner une bourse change une vie. Le Bureau du doyen des étudiants a reçu cette année 2300 demandes de bourse dont 1400 seulement ont pu être attribuées directement par l'Université. En soutenant l’Université de Tel-Aviv vous soutenez notre jeunesse et participez au développement du savoir, de la recherche et de la sécurité d'Israël".

EdmondAgnes"L'Université de Tel-Aviv est une institution de premier plan qui se caractérise par son excellence tant dans le domaine de la recherche biomédicale, de l'ingénierie et de la technologie, que dans celui des sciences humaines et sociales et des arts", a déclaré le Prof. Rein. "Elle constitue un vivier pour les entrepreneurs de haute technologie et encourage l'esprit d'entreprise et l'innovation à la fois chez ses étudiants et parmi ses enseignants. Mais elle a également un rôle d'engagement social et culturel et se voue à la promotion des valeurs de pluralisme, de solidarité et de tolérance, ce qui est particulièrement important dans un monde qui a tendance à aller dans le sens du racisme et de l'antisémitisme. Nous devons continuer de former la future génération de dirigeants israéliens dans tous les domaines de la vie. Soutenir et aider les étudiants par des bourses est un objectif d'une importance primordiale".

La projection a été précédée d'un sympathique message du réalisateur Alexis Michalik : "Je suis ravi et honoré que vous assistiez à la projection de mon premier film. J'aime beaucoup Tel-Aviv où je me rends souvent. Merci et bonne projection".

Le cocktail a été sponsorisé par les Vins du Domaine Seror.

Edmond sera distribué en Israël par Nachshon Films.

 

Nos évènements sont organisés par l'Association des Amis francophones de l'Université de Tel-Aviv

Tél: 03/6408769 - Mail: tlvCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Le Prof. Deutscher à l'Université de Tel-Aviv: Développer les énergies renouvelables est le seul moyen de lutter contre la pollution et la hausse des températures

Le cercle vicieux de la croissance, de la pollution et du réchauffement climatique, le défi des énergies renouvelables et l'avenir de la biosphère, tels furent les thèmes brûlants abordés par le Prof. Deutscher lors de la conférence-débat exceptionnelle qu'il a tenue mardi 12 décembre à l'Université de Tel-Aviv à l'invitation de l’Association des Amis Francophones de l’Université, face à un public captivé.

Deutscher1La conférence a été introduite par Agnès Goldman, déléguée générale de l'Association, qui a présenté l'Université de Tel-Aviv, la plus grande d'Israël avec ses 29 000 étudiants, ses 9 facultés et plus de 3 500 recherches effectuées chaque année. Elle a également rappelé le but de l'Association: aider au financement de bourses pour les étudiants de l'université, "l'avenir de notre pays".

Le Prof. Ruth Amossy, professeur émérite de l'UTA et ancienne titulaire de la chaire de Culture française, introduit ensuite le conférencier. Le Prof. Guy Deutscher, ancien élève de l’Ecole des Mines de Paris, est titulaire d'un doctorat de la Faculté des Sciences d’Orsay. Il est actuellement professeur émérite de Physique de l’Université de Tel-Aviv où il a enseigné depuis 1971, fondé le laboratoire pour l’étude de la supraconductivité, a été titulaire de la chaire de physique expérimentale et premier directeur du Centre Gordon pour les Études de l’Énergie. Il a récemment participé au prestigieux colloque organisé au Collège de France à l'occasion de la Saison croisée 2018. Son dernier ouvrage s'intitule: "Quelle croissance pour un monde fini? "

"La nécessité de développer des énergies renouvelables a émergé après la Guerre du Kippour en 1973, suite à l'embargo sur le pétrole déclaré par les pays arabes", rappelle-t-il. "Alors est née l'idée d'utiliser l'énergie solaire, qui existait déjà dans les satellites. Les premières cellules solaires ont donc été développées et employées dans l'espace. Mais pour les rendre utilisables sur terre, il fallait considérablement en abaisser le coût: ce fut le grand défi des physiciens de l'époque, et un énorme succès".

 

Une situation paradoxale

Pendant longtemps, Israël est resté le pays le plus avancé dans le domaine de l'utilisation de l'énergie solaire, notamment grâce aux chauffe-eau sur les toits qui font partie de son paysage urbain. "Ceci en raison de la situation particulière du pays", explique le Prof. Deutscher, "aucun pays arabe n'acceptant de lui vendre du pétrole. Aussi dès les années 50, Ben Gourion a-t-il fait appel à Harry Zvi Tabor, qui créa le Laboratoire national de Physique d'Israël et deviendra le père de l'énergie solaire. Depuis 1976, la loi israélienne oblige à installer un chauffe-eau solaire sur le toit de tout immeuble de moins de 12 étages".

Pour le Prof. Deutscher, le monde se trouve aujourd'hui face à une situation paradoxale. D'une part, la thèse selon laquelle nous sommes menacés par un inévitable épuisement des ressources naturelles, développée par le Club de Rome en 1972, ne s'est pas réalisée : " dans les années 70, on pensait que la rareté des énergies fossiles, pétrole, gaz naturel et charbon, conduirait à une augmentation énorme de leur coût et à un effondrement subséquent de l'économie dans les années 2000. Mais cela ne s'est pas produit. Cependant, nous assistons bien aujourd'hui à un ralentissement de la croissance".

Deutscher2Comment s'explique ce paradoxe ? Pour l'expliquer, le Prof. Deutscher nous développe sa propre thèse sur l'importance des énergies renouvelables. Selon lui, si nous devons aujourd'hui sans aucun doute les développer, ce n'est pas parce que nous allons manquer de sources d'énergie traditionnelles, mais bien parce que c'est le seul moyen de lutter contre la pollution qui envahit notre monde, ainsi que contre d'autres manifestations de désordre dans la biosphère. En effet, le monde a aujourd'hui de nombreux sujets d'inquiétude: pollution de l'air, de l'eau, des sols et des aliments par le gaz carbonique et les microparticules, extinction de certaines espèces et instabilité du climat, qui se manifeste par des évènements d'origine climatique extraordinaires - inondations, feux de forêts etc.

Un désordre moléculaire

Pour le Prof. Deutscher, ce désordre qui s'établit dans notre environnement trouve son origine dans le développement de l'entropie. Pour exemplifier cette loi fondamentale qui régit les échanges d'énergie dans l'univers, il donne l'exemple de l'eau froide et de l'eau chaude qui au lieu de couler séparément, se mélangent pour donner de l'eau tiède, ou encore des effluves d'un parfum qui s'échappent de la bouteille sans jamais y retourner. C'est Carnot qui, au début du 19e siècle, a jeté les bases de la thermodynamique, dont relève l'entropie.

" L'entropie est en fait un désordre moléculaire. Les rejets de gaz carbonique qui se répandent dans l'atmosphère à la surface de la planète en sont un bon exemple. Les molécules libérées ne restent pas en un seul endroit, elles ont au contraire la particularité de ce répandre partout dans l'atmosphère. C'est pourquoi il existe la même concentration de gaz carbonique au Pôle sud qu'à Pékin".

Deutscher4Or pour arrêter ce désordre il faut stopper la croissance. C'est pourquoi, aux yeux du Prof. Deutscher, c'est le développement de l'entropie qui est fait à l'origine de la faiblesse de la croissance. "Pendant 800 000 ans, la concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère n'a jamais dépassé 280 ppm (ppm = partie par million, soit un centimètre cube de gaz par mètre cube d'air). Mais à partir des années 60, la concentration du CO2 dans l'atmosphère a commencé à augmenter de manière exponentielle : en quelques dizaines d'années, on est passé à 400 ppm. L'échelle de rapidité du changement dans l'atmosphère est plus qu'impressionnante. Pour revenir au niveau de CO2 d'avant la révolution pétrolière il faudra des dizaines de milliers d'années".

"Le soleil n'est plus en mesure de préserver l'équilibre de la biosphère"

Mais plus grave encore, selon les études statistiques, cette expansion des molécules de gaz carbonique sur la terre est parallèle à la hausse des températures. "Le lien entre le rejet de gaz carbonique dans l'atmosphère et la hausse des températures est indiscutable. C'est un cercle vicieux: plus la température augmente, plus on allume l'air conditionné, mais plus on allume l'air conditionné, plus le rejet de gaz carbonique dans l'atmosphère et important, et on doit davantage refroidir".

Dans la nature, l'équilibre se réajuste grâce au processus de photosynthèse, par lequel les feuilles des plantes captent le gaz carbonique et la lumière du soleil, puis produisent et rejette l'oxygène nécessaire à la vie. Or, avec l'augmentation des rejets de gaz carbonique, l'énergie reçue par le soleil n'est plus suffisante pour réaliser le processus: "L'équilibre s'est rompu avec le début de l'ère du pétrole, lorsque nous avons commencé à rejeter trop de gaz carbonique dans l'atmosphère. Le soleil n'est plus en mesure de préserver l'équilibre de la biosphère".

Deutscher3Ce phénomène, note le chercheur, est inégal suivant les régions du monde: un Européen moyen consomme 5kw, un Américain 10kw, un Chinois 1kw et un soudanais 0.2kw. Cependant, selon lui, les économies réalisables au niveau de la consommation ménagère privée n'auront pas d'impact sur le plan global; les efforts doivent plutôt porter sur les grandes infrastructures comme les écoles, les hôpitaux, les routes, chemins de fer etc. C'est là qu'il faudrait réaliser des réductions drastiques pour arriver à une consommation globale moyenne optimale de 1kw. "Nous n'avons pas conscience du fait que nous vivons dans un environnement qui nous protège mais coûte très cher".

Maintenant à un prix abordable et en développement dans le monde entier, la photovoltaïque (l'énergie solaire) pourrait-elle 'booster' la photosynthèse et ramener la biosphère à un équilibre ? La photovoltaïque, explique le chercheur, a un rendement plus élevé que la photosynthèse naturelle : "Une cellule solaire coûte aujourd'hui 100 fois moins cher qu'il y a 50 ans, progrès du en grand partie à la Chine. Mais le problème de ce type d'électricité est que nous ne savons pas la stocker. De plus, l'utilisation directe de l'énergie solaire est problématique dans des régions situées à des grandes latitudes au nord ou au sud, où l'hiver est très long. Par contre en Afrique, elle pourrait être utilisable tout de suite. Aussi c'est là que se joue l'avenir de la biosphère : avec plus d'un milliard d'habitants, l'Afrique représente la plus grande opportunité pour l'avenir, mais aussi le plus grand danger, si elle suit notre exemple !"

Les physiciens ont des donc des solutions, mais la situation est dangereuse, conclue le Prof. Deutscher. Comment faire pour que l'Afrique ne suive pas notre chemin et ne mette pas le monde en danger ?

La conférence, qui a éveillé un vif intérêt parmi le public, a été suivie d'un débat animé, ou a notamment été abordée la question des autres sources d'énergie renouvelables alternatives, comme l'énergie éolienne et l'énergie maritime, ainsi que leurs limites.

 

Le prochain évènement de l'Association, un concert de musique française exécuté par les étudiants de l'Ecole de Musique Buchmann-Metha de l'Université de Tel-Aviv, aura lieu le 27 décembre.

 

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Hommage au village du Chambon-sur-Lignon, Juste parmi les Nations, à l'Université de Tel-Aviv

Dans le cadre de la Saison croisée France-Israël 2018, une riche et passionnante journée d'étude sur le thème "Ecrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon, Juste parmi les Nations" s'est déroulée à l'Université de Tel-Aviv le lundi 29 octobre 2018. Organisée par les Amis français et les Amis francophones de l'Université, en collaboration avec le Programme de culture française, et avec le soutien du Ministère des Affaires Étrangères israélien et de l'Institut français, elle avait pour but de rendre hommage à ce village de Haute-Loire à majorité protestante qui a massivement sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et abrité un grand nombre d'intellectuels de premier plan dont l'œuvre a marqué la pensée du 20e siècle. La journée a eu lieu en présence du Prof. Yaron Oz, Recteur de l'Université de Tel-Aviv, de Madame Barbara Wolffer, directrice de l'Institut français, de M. Emmanuel Halpérin, Commissaire général de la Saison croisée et de Madame Eliane Wauquiez-Motte, Maire du Chambon-sur-Lignon, avec la participation de nombreux chercheurs israéliens et français ainsi que de descendants de témoins des évènements.

stella birnbaum maire 2Elle a été suivie par un public nombreux, qui a exprimé son intérêt ainsi que son admiration pour la remarquable tenue intellectuelle d’un événement combinant la recherche scientifique et l’émotion suscitée par un épisode exceptionnel de l’Histoire de France et des Juifs.  

Cet évènement a été initié et coordonné par le Prof. Ruth Amossy, professeur émérite de l'Université de Tel-Aviv, et le Prof. Dina Porat, Directrice du Centre Kantor pour l'Etude du Judaïsme contemporain de l'Université, avec l’aide du Prof. Nathalie Heinrich, commissaire de l'exposition "Ecrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon" et du Prof. François Heilbronn, Président de l'Association française de l'Université de Tel-Aviv et Vice-président du Mémorial de la Shoah.

"Une bravoure collective"

"Il s'agit d'un évènement très important et très particulier pour nous", a déclaré le Prof. Yaron Oz, qui a souligné son contraste avec les récents évènements de Pittsburg. "A l'Université, nous luttons nous aussi pour transmettre à nos étudiants les valeurs de pluralisme et d'espoir en l'humanité".

maire"L'histoire de ce village est celle d'une bravoure collective, à laquelle est également venue se greffer une vie intellectuelle intense", a relevé Barbara Wolffer, qui a remercié l'Université de Tel-Aviv et l'Association des Amis francophones et français "partenaires précieux qui font vivre la langue et la culture française en Israël et contribuent au développement des liens entre les deux pays".

"Ces derniers temps, sont publiés en France un certain nombre d'ouvrages qui mettent en exergue l'aspect négatif des relations entre la France et les Juifs, et il est naturel que nous rendions également hommage aux ceux qui ont contribué à les protéger", a remarqué Emmanuel Halpérin. "Les habitants du Chambon ont sauvé des individus non pas parce qu'ils étaient juifs, mais parce qu'il s'agissait d'êtres humains. Je pense que le village mériterait aussi de recevoir le Prix Nobel de la Paix".

Eliane Wauquiez-Motte, maire de Chambon-sur-Lignon a pour sa part déclaré qu'elle était "honorée que cet évènement ai compté parmi ceux de la Saison croisée France-Israël et nous permette de présenter l'histoire de notre village. Les habitants de cette zone rurale pauvre à forte majorité protestante ont accueilli, hébergé et sauvé des milliers de réfugiés juifs d'origine étrangère ou française pendant la guerre. Cette vaste opération de sauvetage a été le fait de centaines de personnes : pasteurs, paysans et habitants qui ont agi à titre individuel ou dans le cadre de multiples réseaux d'entraide. Il n'y a eu aucune dénonciation et, à l'exception de la rafle de 1943, aucun réfugié juif n'a été déporté ni arrêté. Cependant, cette histoire, qui a concerné des centaines de personnes, a été tue après la guerre. Ces gens sont des 'taiseux' qui ont agit comme il l'on fait 'parce qu'il fallait le faire'".

L'importance du protestantisme

La maire retrace ensuite le long déroulement qui a abouti à la création du musée de Chambon, lieu unique dédié à l'histoire des Justes et des résistants pendant la Seconde guerre mondiale, qui s'étend sur 400 m²: "Il a fallu attendre les années 70 pour que l'histoire refasse surface. Mais notre musée n'a vu le jour qu'en 2013, soixante-dix ans après la guerre. Il est le résultat de la volonté de sauver l'Histoire de l'oubli et de transmettre aux jeunes générations. Nous l'avons appelé non pas 'musée', mais 'Lieu de Mémoire', car les habitants ne voulaient pas être considérés comme des héros. Chez nous, contrairement aux autres villages de France, aucune rue ne porte le nom de personnes. Nous avons fait le choix de raconter un récit collectif plutôt que celui d'individus. L'histoire du Chambon permet de ne pas désespérer de la nature humaine face à l'horreur de la Shoah", conclut-elle.

Groupe 1

La première partie de la journée a été dédiée à un hommage au Chambon. "Un village qui comptait 2300 personnes en a sauvé de 3000 à 5000", a relevé le Prof. Dina Porat. "Les opérations de sauvetage au village, situé dans le sud-est de la France, à proximité de la frontière avec la Suisse, ont débuté en juillet 42, alors qu'Auschwitz commence à fonctionner et que les Allemands tentent de regrouper les Juifs de France lors de la rafle du Vel d’Hiv. Elles impliquaient non seulement de cacher les réfugiés, mais aussi de les nourrir et de leur procurer de faux papiers". Egalement historienne en chef du Yad Vashem, le Prof. Porat explique ensuite les critères selon lesquels cette institution décerne le titre de Juste parmi les Nations : le sauveteur a mis en danger sa vie ou son statut, sans l'espoir d'en retirer une quelconque compensation, financière ou autre. D'autre part, le récit des faits doit venir de témoignages directs. Enfin, la première condition est qu'il s'agisse de personnes non juives. De plus, le Yad Vashem ne décerne généralement pas le titre à des organismes, mais à des personnes. Dans le cas du Chambon, des arbres ont été plantés au nom du pasteur André Trocmé et de sa femme Magda, ainsi qu'à celui de 30 autres personnes du village. De plus, en 1990, le Yad Vashem décide d'octroyer une reconnaissance collective au village, sous la forme d'un jardin comprenant un mémorial.

"Une lumière dans un monde de ténèbres"

Selon le Prof. Porat, le Yad Vashem a jusqu'à présent reconnu le titre de Juste à 26 000 individus. " Ces personnes n'ont en commun ni leur âge, ni leur niveau d'éducation, ni leur statut social", relève-t-elle. "Peut-être l'adhérence aux valeurs chrétiennes, mais pas toujours". Cependant, elle relève l'importance du protestantisme dans l'épisode du Chambon, village peuplé de descendants des Huguenots persécutés pendant des siècles par les catholiques pour raison religieuse. "Les habitants ont vu dans les Juifs des compagnons de misère qu'ils avaient le devoir d'aider. A ce titre, le pasteur Trocmé, son épouse Magda et leur cousin Daniel, mort en déportation après la rafle de 1943, ont constitué en quelque sorte des guides spirituels et des modèles de comportement. Malheureusement ces personnes sont restées une minorité, sinon notre histoire aurait été différente. Six millions de Juifs ont été exterminés. Mais ceux qui ont été sauvés apportent une lumière dans cette obscurité".

Public"Le Chambon est un lieu central de l'honneur de la France, une lumière dans un monde de ténèbres", a déclaré le Prof. François Heilbronn. "Il représente la France telle qu'on l'aime : libre et résistante. Ces habitants sont la preuve qu'il y avait une autre France qui n'oubliait pas les valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité. C'est pourquoi c'est l'un des deux seuls villages au monde reconnus comme Juste parmi les Nations". Le Prof. Heilbronn souligne les liens entre le village et le Mémorial de la Shoah, depuis la création en 1943 de son ancêtre, le Centre de Documentation Juive Contemporaine, par le grand historien Léon Poliakov, alors l'un des résistants les plus actifs du Chambon. "Aujourd'hui nous rendons hommage à ce petit Plateau du Vivarais où de fiers Protestants ont su tendre la main, symbole de la solidarité entre ces deux minorités françaises aux valeurs communes de tolérance, fraternité, d'étude et de résistance face à l'oppression".

Témoignages de descendants

Le Prof. Nathalie Heinich, auteur du beau catalogue Écrivains et penseurs autour du Chambon-sur-Lignon et curatrice de l'exposition du même nom qui s'est déroulée cet été au Lieu de Mémoire du village, explique que son père, protestant, a lui-même été réfugié sur le Plateau du Vivarais-Lignon, haut lieu du protestantisme. "Il s'agit d'un lieu isolé à 1000m d'altitude, dont le train a compensé l'isolement", raconte-t-elle. Pagnol et Camus y ont séjourné, Paul Ricœur, prisonnier de guerre, y prend à la Libération son premier poste de professeur de philosophie, au Collège Cévenol, créé par le Pasteur Trocmé. Alexandre Grothendieck qui deviendra le plus grand mathématicien français du 20e siècle y arrivera en 1942 par le Secours suisse. André Chouraqui, et Jules Isaac qui obtiendra du Pape la suppression des homélies antisémites dans les prêches y ont également séjourné. Le philosophe Jacob Gordin, considéré comme le précurseur du renouveau de la pensée juive en France, y crée l'"Ecole des Prophètes". Le Prof. Heinich énumère ensuite la liste impressionnante des chefs-d'œuvre de la littérature et de la pensée du 20e siècle qui ont été écrits sur le Plateau, dont La Peste de Camus, La femme du boulanger de Marcel Pagnol etc…

Annie IsabelleUne partie de cette session a été consacrée aux témoignages de descendants des enfants cachés. Laurent Dassault, Directeur général délégué du groupe Dassault, a raconté avec beaucoup d'émotion que sa mère a été cachée dans une maison au Chambon en aout 1944, et a évoqué la manière insolite dont il a découvert son histoire, qu’elle ne lui avait jamais racontée. Ariane Bois, romancière, auteur de Sans oublier, fait état du double héritage qui la rattache à la tradition du Chambon : "La famille de mon père, protestante, vient de la proche commune de Dieulefit, et ses membres ont été formés au Collège Cévenol du Chambon. Ma mère, juive, a été cachée pendant la guerre dans un pensionnat catholique en Normandie. Ses silences, ses craintes, ses moments d'absence, m'ont fait pressentir ce que pouvaient ressentir ces enfants cachés réfugiés dans le silence; la honte non pas d'avoir été Juifs, mais d'avoir été des victimes. Dans mon roman, Sans oublier, je raconte l'histoire d'une jeune femme qui part à la recherche du secret de sa mère après la mort de celle-ci, sur les traces d'un enfant caché. C'est un roman sur le deuil, la résilience et le courage. Je suis heureuse d'avoir pu recréer, par ce roman, ce lien entre l'histoire de mon père et celle de ma mère".

"Pour que nos enfants sachent aussi ouvrir leur porte"

Lors de l'intervention suivante, également très émouvante, le Prof. Emmanuel Grupper, de l'Academic College de Kiryat Ono, a raconté l'histoire de sa mère Claire Grupper, alors enceinte de lui, cachée au Chambon pendant un an et demi. "La communauté juive de Roanne dont je suis issu a été sauvée grâce à la population du Chambon. Mais ce n'est que dans les années 80 que nous avons réussi à renouer des liens avec cette famille". Le Prof. Grupper œuvre alors pour faire reconnaitre Fernand et Hélène Court, qui ont recueilli sa mère, comme Justes parmi les Nations. C'est ainsi que leurs descendants, notamment leur fille Isabelle et leur nièce Annie, venues spécialement à la Journée d’étude, ont eu connaissance de la bravoure de leurs parents pendant la guerre. "Sinon nous n'aurions jamais entendu parler de cette histoire", commente Annie Court. "Notre famille a fait cela sans rechercher de gloire", ajoute Isabelle. "Quand j'ai questionné mon père il n'avait rien à dire tellement tout semblait simple et évident. Mais à présent nous avons envie de raconter, pour que nos enfants sachent aussi ouvrir leur porte".

CompagnonLors de la session suivante, présentée par le Prof. Nadine Kuperty-Tsur, Directrice du Programme de culture française de l'UTA, le Prof. Patrick Cabanel, directeur d'Etudes à l'Ecole pratiques des Hautes Etudes (EPHE), a mis en lumière les 'affinités électives' en Juifs et Protestants en France. "Entre 10 et 11% des Justes de France sont des Protestants, alors que ceux-ci ne représentent que 1% de la population française", dit-il. Le Prof. Cabanel explique cette anomalie statistique par les tendances philosémites du protestantisme des Huguenots. "Il s'agit d'un philosémitisme théologique lié à Jean Calvin, premier théologien chrétien qui a réussi à sortir de l'antijudaïsme, et a connu l'exil pendant toute sa vie. On pourrait également le définir comme dreyfuso-laïco-républicain. L'adversaire est le même que pour les Juifs : le catholicisme antisémite, vers lequel tendait Vichy. Les Protestants d'alors pensaient que le régime se retournerait contre eux après en avoir fini avec les Juifs. Les Protestants d'aujourd'hui ont certes changé, et se sentent plus Français que Protestants. Mais il reste quand même dans le protestantisme français un groupe profondément fidèle aux Juifs et à Israël".

La seconde partie de la journée a été consacrée aux intellectuels et écrivains qui se réfugièrent au Chambon pendant la guerre. Le Prof. Antoine Compagnon du Collège de France a présenté le séjour sur le Plateau d'Albert Camus, arrivé en aout 1942 pour soigner sa tuberculose, qui s'y retrouvera "coincé" jusqu'en novembre 1943 suite au débarquement des Alliés en Afrique du nord l'empêchant de rejoindre Oran, sa ville natale. "C'est pour lui un séjour d'enfermement, un 'loisir lettré'. Il lit Proust, Kafka et la Bible, et commence à y rédiger La Peste et Le Malentendu". Cependant, selon le Prof. Compagnon, il faut être prudent quant à l'influence de la Résistance sur l'écrivain à cette époque : "Ses biographes sont très partagés à ce sujet. Les indices sur son engagement à cette période sont très ténus. La Peste a été un roman très attaqué pour son caractère de 'bons sentiments' et non d'action. Camus n'était pas profondément engagé à cette époque ; il le sera dès son arrivée à Paris en 1943".

L''Ecole des Prophètes'

WormsLes sessions suivantes, présentées par le Prof. Renée Poznanski, titulaire de la chaire Avnon d'Etudes sur l'Holocauste de l'Université Ben Gurion du Néguev, ont été consacrées aux intellectuels juifs réfugiés près du Chambon entre 1939 et 1945. Le Prof. Frédéric Worms, Directeur-adjoint pour les Lettres de l'ENS, a présenté "la constellation intellectuelle du Chambon", et tenté de déceler sa signification. "Ce n'est pas seulement un moment de la rencontre entre le judaïsme et la France au 20e siècle, c'est un passage secret entre les deux cultures. Du capitaine Dreyfus à l'éthique de Levinas, tout se rassemble dans ce corridor dérobé au cœur de la France pendant la seconde guerre mondiale". On y retrouve Jules Isaac dont toute la famille a été ensuite raflée à Clermont-Ferrand, et Léon Poliakov, le grand historien de l'antisémitisme, pionnier de l'histoire de la Shoah. Emmanuel Levinas, prisonnier de guerre en Allemagne, "y sera présent à travers les intellectuels juifs, dont Jacob Gordin et Georges Varda qui fonderont 'l'Ecole des Prophètes' dans l'aile d'une ferme désaffectée de Chaumargeais, à quatre kilomètres du Chambon, où ils donneront des leçons talmudiques et des cours de philosophie juive jusqu'en 1944. Chacun apporte un moment de l'histoire intellectuelle. Ils ont en commun un retour à une éthique absolue à travers le judaïsme, face au mal absolu, l'antisémitisme. Tous dessinent la constellation du Chambon qui est encore la nôtre".

Leo CoryLe Prof. Leo Corry, Doyen de la Faculté des Lettres de l'UTA, a consacré son intervention à la figure haute en couleurs d'Alexandre Grothendieck, génie des mathématiques et pionnier du mouvement écologiste. Né en Allemagne d'un père russe de famille orthodoxe qui sera déporté en 1942 et d'une mère anarchiste d'origine protestante, il grandit chez un pasteur antinazi, et sera caché au Chambon de 1942 à 1944. Dans ses mémoires, Récoltes et Semailles, publiées en 1985, il racontera comment les réfugiés sont parvenus à survivre grâce au sentiment de solidarité. Lié à Laurent Schwarz, puis au groupe de Nicolas Bourbaki, Grothendieck va révolutionner le domaine de la géométrie algébrique. Lauréat de la médaille Fields en 1966, il refusera de se rendre en Russie pour la recevoir. Rompant avec les institutions, il rejoint alors les milieux contestataires et écologistes. Le Prof. Cory a mis en valeur la vie très particulière de ce personnage, fondateur de la mathématique moderne, et en même temps révolté et critique vis-à-vis de la science.

"Une épopée de l'histoire de france contre celle de la honte et de la compromission"

La présentation du Prof. Pierre Birnbaum, de l'Université Paris I-Sorbonne, a porté sur Léon Poliakov et son rapport au régime de Vichy. Issu d'une famille juive russe immigrée en France, Poliakov entre dans la Résistance en 1940, convoyant des juifs en danger vers le plateau du Chambon. Par la suite co-fondateur du Centre de Documentation juive contemporaine, il consacrera sa vie à étudier l'histoire de l'antisémitisme et sera un pionnier de l'étude de la shoah. Cependant, ses positions vis-à-vis du régime de Vichy sont complexes, explique le Prof. Birnbaum : "Poliakov hésite, écrivant parfois que Vichy applique les mesures allemandes avec plus que zèle, parfois arguant que le sort relativement plus clément des Juifs de France lui était dû. Sa position reflète la multiplication des variables qui rendent compte à la fois de la déportation des Juifs de France et de leur survie".

Birnbaum denisEnfin, le Dr. Denis Charbit de l'Université Ouverte d'Israël à Raanana a présenté André Chouraqui, connu pour sa traduction de la Bible dans les années 70, qui a rejoint la Résistance de 1942 à 1944, avec pour mission de placer des enfants juifs amenés par l'OSE. A Chambon, il rejoindra l'Ecole des Prophètes. "L'épisode du Chambon a marqué toute la démarche de Chouraqui jusqu'à sa mort", explique le Dr. Charbit. "Fidèle à son engagement, il continuera de lier son destin à celui des jeunes en devenant par la suite le délégué permanent des écoles de l'Alliance Israélite Universelle. Son passage à l'Ecole des Prophètes de Chaumargeais a été capital pour son parcours intellectuel. Il existe une continuité entre l'effervescence intellectuelle de l'Ecole et le renouveau de la pensée judaïque de la fin des années cinquante. De plus le séjour en milieu protestant a probablement muri son projet de traduction de la Bible. Enfin, pour Chouraqui les prémisses d'un dialogue interreligieux sont nés de la fraternité et de la compréhension trouvée chez les habitants du Chambon".

"L'épisode du Chambon constitue une épopée de l'histoire de France contre celle de la honte et de la compromission. L'Ecole des Prophètes a constitué un horizon d'espérance qui souligne la nécessité de seconder la résistance armée par l'action esthétique, philosophique et intellectuelle, nourritures spirituelles porteuses et créatrices de sens dans un contexte ambiant qui poussait l'humanité à agir à rebrousse-poil du réel. Enfin, il met en lumière l'élite des 'petits', des 'sans-grades' grâce auxquels il a été possible de ne jamais désespérer de l'homme malgré la barbarie du siècle", conclut le Dr. Charbit.

Cette journée réussie, très riche et en même temps très émouvante, s'est terminée par la projection de la version courte du documentaire de Pierre Sauvage "Les armes de l'esprit".

Elle a été suivie d'un cocktail offert par la Israel Discount Bank.

 

Sur les photos, en partant du haut, de gauche à droite:

- Le Prof. Ruth Amossy (UTA), Laurent Dassault et Madame Eliane Wauquiez-Motte, Maire du Chambon

Madame Eliane Wauquiez-Motte

- Prof. Dina Porat (UTA), Prof. Ruth Amossy, Prof. François Heilbronn, Prof. Pierre Birnbaum (Sorbonne), Ariane Bois-Heilbronn, Prof. Renée Poznanski (BGU), Dr. Denis Charbit (OpenU), Prof. Antoine Compagnon (Collège de France). Au premier rang: Prof. Frédéric Worms (ENS), Prof. Patrick Cabanel (EPHE).

- Annie et Isabelle Court, descendantes de Fernand et Hélène court, Justes parmi les Nations.

- Prof. Antoine Compagnon

- Prof. Frédéric Worms

- Prof. Leo Corry (UTA)

- Prof. Pierre Birnbaum et Dr. Denis Charbit

 

Diner de gala de l'Association française de l'Université de Tel-Aviv pour la pré-ouverture de l'Hôtel Lutetia

Les Amis français de l'Université de Tel-Aviv ont organisé la semaine dernière un prestigieux dîner de gala à l'occasion de la réouverture de l'Hôtel Lutetia, emblématique établissement de la Rive Gauche de Paris, en présence de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances, invité d'honneur, de Dominique Perben, ancien ministre de la Justice, du Prof. Joseph Klafter, Président de l'Université, et du Prof. François Heilbronn, président des Amis français.

Gala Lutetia 7.18Participaient également au diner le philanthrope et homme d'affaire israélien Alfred Akirov, docteur honoris causa de l'UTA, qui parrainait l'évènement, Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel, Jean-Michel Wilmotte, l'architecte chargé de la rénovation de l'hôtel, Jean Robert Pitte, de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, Amos Elad, Vice-président de l'UTA, ainsi que de nombreux membres de l'Association, des hommes d'affaires israéliens et des sympathisants et amis français.

 Le ministre Bruno Le Maire, qui a récemment visité l'Université de Tel-Aviv avec une délégation française, s'est vu remettre la médaille du Président de l'Université par le Prof. Klafter, en reconnaissance de son rôle central dans le renforcement des relations israélo-françaises, en particulier dans les domaines universitaires et économiques; de ses efforts pour combattre l'antisémitisme et le racisme en France et son engagement pour renforcer la position de la communauté juive de France; son précieux soutien à l'Association française de l'Université de Tel-Aviv depuis de nombreuses années; et son amitié chaleureuse et de longue date envers l'État d'Israël et le peuple juif.

L'événement a marqué la pré-ouverture de l'emblématique Hôtel Lutetia, lieu historique qui a eu droit à une nouvelle jeunesse après une fermeture de quatre ans pour rénovation. Initialement ouvert en 1910 pour loger les fournisseurs et la clientèle provinciale du Bon Marché, l'hôtel s'est vu réquisitionné par les forces d'occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale. Fermé en 2014 pour travaux il a été restauré dans son décor Art nouveau par l'architecte renommé Jean-Michel Wilmotte et son équipe.

Dans son allocution, le Prof. Klafter a évoqué les liens internationaux de l'Université de Tel-Aviv qui permettent au monde de partager l'excellence scientifique et technologique israélienne, à un moment où certains gouvernements et groupes divers tentent d'isoler Israël. Il a également évoqué les efforts de l'Université pour restaurer l'image d'Israël dans le monde et mettre en valeur sa contribution positive au bien-être des populations du globe.

Le Prof. François Heilbronn a souligné le dynamisme des relations entre la France et Israël dans les domaines scientifiques, culturels et universitaires. Il a particulièrement insisté sur les relations académiques entre l'université de Tel-Aviv et les institutions françaises majeures comme Sciences Po, la Sorbonne, l'EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) et d'autres.

 

Sur la photo, de droite à gauche : le Prof. François Heilbronn, Président de l'Association, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire, le Prof. Klafter, Président de l'UTA et l'homme d'affaires Alfred Akirov (Crédit: Samuel Saadoun)

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